Que le vers soit comme une clefOuvrant mille portes.Une feuille tombe ; il y a quelque chose qui vole ;Les yeux créent, voyant ce qu'ils voient,Et l'âme de l'auditeur se met à trembler.Invente de nouveaux mondes et prend soin de ta parole ;L'adjectif tue, s'il ne donne pas la vie.Nous sommes dans le cycle des nerfs.Le muscle pend,Comme un souvenir, dans les musées;Nous n'avons pas, malgré cela, moins de force :La véritable vigueurRéside dans la tête.Pourquoi chantez-vous les roses ? Ô Poètes !Faites-les fleurir dans le poème ;Seulement pour nous autresLes choses vivent sous le soleil, ici-bas.Le Poète est un petit dieu.
Impossible de savoir quand ce coin de mon âme s’est endormiet quand il fera à nouveau partie de mes fêtes intimesOu si ce morceau est parti pour toujoursOu bien s’il fut volé et se trouve entier dans un autreImpossible de savoir si l’arbre primitif sent encore en son être le vent millénaireSi tu te souviens du chant de la mère quaternaireEt des cris de ton raptEt de la voix sanglotante de l’océan qui venait d’ouvrir les yeuxEt qui agitait les mains et pleurait dans son berceauPour vivre nous n’avons pas besoin de tant d’horizonsLes têtes de coquelicot que nous avons mangées souffrent pour nousMon amandier parle pour une partie de moi-mêmeJe suis près et je suis loinEn mon temps bref, j’ai des centaines d’époquesEn mon être profond, j’ai mille lieuesCataclysmes de la terre accidents de planètesEt quelques étoiles de deuilTu te souviens de quand tu étais un son entre les arbresEt de quand tu étais un petit rayon vertigineux?Maintenant nous avons la mémoire trop chargéeLes fleurs de nos oreilles pâlissentJe vois parfois des reflets de plumes sur ma poitrineNe me regarde pas avec tant de fantasmesJe veux dormir je veux entendre à nouveau les voix perduesComme les comètes qui sont passées à un autre systèmeOù étions-nous? Dans quelle lumière et dans quel silence?Oû serons-nous?Tant de choses tant de choses tant de chosesJe souffle pour éteindre tes yeuxTu te souviens de quand tu étais un soupir entre deux branches?
Matelot conduisant les vagues au port d’étéA chaque pas de chaleur la lune nous gifleEt la mer se défaitAgitée par le vent des pêcheurs qui sifflent L’océan est vert de tant d’espoir noyé Les bateaux traînent les vagues jusqu’à toucher le cielIls vont charger l’aurore éventuelleTels que les escarpins ils aiment l’horizonL’horizon en arc raide pour la chanson et pour la flècheChemin de la colombe en dépêche Mon œil mieux qu’un navire divague Bien que je sois le marin précis Que voulez-vous La mer change de vaguesLe caméléon de couleurEt la montre d’heure Mais l’océan transitoire en échelle sans tapisAu fond change aussi peu que le charbon des minesEt je l’aime comme une bouteille ou un bouquet poliA l’ombre de son fare qui mouds les vagues en sourdine L’océan l’océan le fare et la farinePleure mon beau marin sur la marine L’océan l’océan Voilà mon seul drapeau Chiffonné de bateauxDéchiré dans les plagesMon drapeau naturel est troué de naufrages
Moi je suis absent mais dans le fond de cette absenceIl y a l’attente de moi-mêmeEt cette attente est une autre sorte de présenceL’attente de mon retourMoi je suis dans d’autres objetsJe suis en voyage donnant un peu de ma vieÀ certains arbres et à certaines pierresQui m’ont attendu de nombreuses années Ils se sont fatigués de m’attendre et ils se sont assis Moi je ne suis pas et je suisJe suis absent et je suis présent dans un état d’attenteEux voulaient mon langage pour s’exprimerEt moi je voulais le leur pour les exprimerEt voilà l’équivoque l’atroce équivoque Angoissé lamentableJ’entre plus profondément dans ces plantesJe laisse derrière moi peu à peu mes vêtementsPeu à peu tombent mes chairsEt mon squelette peu à peu s’habille d’écorce Je suis en train de devenir arbre Combien de fois je me suistransformé en d’autres choses…C’est douloureux et plein de tendresse Je pourrais émettre un cri mais s’effraierait la transsubstantiationIl faut rester silencieux Attendre en silence
Plus qu’un âne, le vent est patient.Tourne tourne tourneMoulin qui moud les heuresBientôt arrivera le printempsEt tes ailes seront couvertes de fleursTourne tourne tourneMoulin qui moud les joursBientôt arrivera l’étéEt tu auras des fruits sur ta tourTourne, tourne tourneMoulin qui moud les moisBientôt viendra l’automneEt tu seras triste sur ta croixTourne tourne tourneMoulin broyeur d’annéesBientôt viendra l’hiverEt tes larmes gèlerontVoici le vrai moulinN’oubliez jamais sa chansonll fait la pluie et le beau tempsIl fait les quatre saisonsMoulin de mort, moulin de vieMouds les instants comme une montreEux aussi sont des grains Moulin de la mélancolieFarine du temps qui rendra nos cheveux blancs.