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Vicente Huidobro

Impossible

Impossible de savoir quand ce coin de mon âme s’est endormi et quand il fera à nouveau partie de mes fêtes intimes Ou si ce morceau est parti pour toujours Ou bien s’il fut volé et se trouve entier dans un autre Impossible de savoir si l’arbre primitif sent encore en son être le vent millénaire Si tu te souviens du chant de la mère quaternaire Et des cris de ton rapt Et de la voix sanglotante de l’océan qui venait d’ouvrir les yeux Et qui agitait les mains et pleurait dans son berceau Pour vivre nous n’avons pas besoin de tant d’horizons Les têtes de coquelicot que nous avons mangées souffrent pour nous Mon amandier parle pour une partie de moi-même Je suis près et je suis loin En mon temps bref, j’ai des centaines d’époques En mon être profond, j’ai mille lieues Cataclysmes de la terre accidents de planètes Et quelques étoiles de deuil Tu te souviens de quand tu étais un son entre les arbres Et de quand tu étais un petit rayon vertigineux? Maintenant nous avons la mémoire trop chargée Les fleurs de nos oreilles pâlissent Je vois parfois des reflets de plumes sur ma poitrine Ne me regarde pas avec tant de fantasmes Je veux dormir je veux entendre à nouveau les voix perdues Comme les comètes qui sont passées à un autre système Où étions-nous? Dans quelle lumière et dans quel silence? Oû serons-nous? Tant de choses tant de choses tant de choses Je souffle pour éteindre tes yeux Tu te souviens de quand tu étais un soupir entre deux branches?
ImpossibleVicente Huidobro · Voix de synthèse
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