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Vicente Huidobro

La Matelotte

Matelot conduisant les vagues au port d’été A chaque pas de chaleur la lune nous gifle Et la mer se défait Agitée par le vent des pêcheurs qui sifflent L’océan est vert de tant d’espoir noyé Les bateaux traînent les vagues jusqu’à toucher le ciel Ils vont charger l’aurore éventuelle Tels que les escarpins ils aiment l’horizon L’horizon en arc raide pour la chanson et pour la flèche Chemin de la colombe en dépêche Mon œil mieux qu’un navire divague Bien que je sois le marin précis Que voulez-vous La mer change de vagues Le caméléon de couleur Et la montre d’heure Mais l’océan transitoire en échelle sans tapis Au fond change aussi peu que le charbon des mines Et je l’aime comme une bouteille ou un bouquet poli A l’ombre de son fare qui mouds les vagues en sourdine L’océan l’océan le fare et la farine Pleure mon beau marin sur la marine L’océan l’océan Voilà mon seul drapeau Chiffonné de bateaux Déchiré dans les plages Mon drapeau naturel est troué de naufrages
La MatelotteVicente Huidobro · Voix de synthèse
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