La poésie est un attentat céleste
Moi je suis absent mais dans le fond de cette absence
Il y a l’attente de moi-même
Et cette attente est une autre sorte de présence
L’attente de mon retour
Moi je suis dans d’autres objets
Je suis en voyage donnant un peu de ma vie
À certains arbres et à certaines pierres
Qui m’ont attendu de nombreuses années
Ils se sont fatigués de m’attendre et ils se sont assis
Moi je ne suis pas et je suis
Je suis absent et je suis présent dans un état d’attente
Eux voulaient mon langage pour s’exprimer
Et moi je voulais le leur pour les exprimer
Et voilà l’équivoque l’atroce équivoque
Angoissé lamentable
J’entre plus profondément dans ces plantes
Je laisse derrière moi peu à peu mes vêtements
Peu à peu tombent mes chairs
Et mon squelette peu à peu s’habille d’écorce
Je suis en train de devenir arbre Combien de fois je me suis
transformé en d’autres choses…
C’est douloureux et plein de tendresse
Je pourrais émettre un cri mais s’effraierait la transsubstantiation
Il faut rester silencieux Attendre en silence