Conte
À Montmartre un beau jour se tint une assemblée.
Là, (comme vous le jugez bien)
Des plats rimeurs la troupe est appelée.
(Tout rimeur de Montmartre est de droit citoyen ;
Tandis que tout poëte habite le Parnasse.)
Dès que chacun a pris sa place, Aliboron se lève et tousse quatre fois, Puis d’un triple hi-han fait retentir la salle, Et, dressant l’ornement qui sur son front s’étale, Il fait tonner ainsi son éclatante voix : « Chers amis, que chaque confrère « De ses talents nous prête la lumière « Pour former la perle des sots, « Mais des plus sots qui soient dans la nature entière ».
Pompignan se lève à ces mots, Pompignan qui jadis dans sa verve stérile, Aux cordes de sa lyre osa lier Virgile ; À ses traits renfrognés, à son triste hi-han, Sans peine on reconnaît le docte Pompignan. « Aliboron, dit-il, quelle est votre insolence ? « Vous parlez de former un sot par excellence, « Eh ! ne suis-je plus moi ? Répondez. Voudrait-on « Me disputer un si beau nom ? » Tout se tait au discours du fougueux Pompignan.
Soudain l’impétueux Aignan S’écrie en secouant ses immenses oreilles : « Mais vos prétentions sont vraiment sans pareilles, « Mon cher Lefranc, perdez-vous la raison ? « Vous le savez, c’est moi dont la muse éphémère « Osa marcher sur les traces d’Homère ; « C’est donc de moi que parle Aliboron. »
Alors on vit et Lesuire et Lemierre Et Roucher et Masson et maint autre rimeur, Pour quereller sortir de leur poussière, Un m ot seul m et tout M ont m artre en ru m eur. Aliboron qui suscita l’orage De la sagesse emprunte le secours, Et pour calmer leur insipide rage, Avec douceur il leur tient ce discours : « Mes chers enfants, (ce nom convient à mon long âge,) « Aucun de vous n’a tort ; vous avez tous raison ; « (Des effets sûrs prouvent ce que j’avance) « Et tous de sot des sots vous méritez le nom ; « Mais fiez-vous à mon expérience, « Formons un sot encor plus sot que nous. « De nos talents divers ornons l’esprit d’un autre, « Et s’il a des succès, n’en soyons point jaloux, « Puisque sa gloire augmentera la nôtre. »
Il dit, et des hi-han mille fois répétés Montrent qu’on applaudit à sa rare éloquence, On se repent des coups qu’on a portés, Et tout rentre dans le silence. Aliboron reprend : « Vous voyez sur mon front « Se jouer fièrement deux superbes oreilles ; « Eh bien, à notre sot, j’en promets deux pareilles ! » On applaudit encore au docte Aliboron.
Lors Pompignan saluant l’auditoire, Brait ces mots : « Moi, Messieurs, je lui promets ma gloire, « S’il consent d’imiter mon style plat et lourd. »
Aignan se lève et salue à son tour : « A ce bijou, dit-il, je lègue mon audace, « Il sera l’ennemi de Virgile et d’Horace. »
« Je lui promets aussi, s’écrie alors Masson, « Toute la roideur helvétique, « Mes jeux de mots, et ma Minerve étique, « Qui fait si bien les vers sans rime ni raison. »
Lemierre ajoute : « Et moi, je donne à ce mignon « Le compas ennuyeux de la monotonie, « Et le talent de heurter l’harmonie. » Lesuire, prétendant lui faire aussi son don, Crie avec un ton d’arrogance : « C’est moi qui composai le Nouvel Univers, « Que devant moi tout s’incline en silence ! « Je veux que ce phénix ignore la cadence, « Et, qu’héritier de ma sèche abondance, « Il dise toujours peu, mais en beaucoup de vers. »
À cette muse encore non éclose Chaque rimeur donna quelqu’un de ses travers. Enfin la séance fut close.
Le fruit de tant de soins parut bientôt au jour, Qu’était-ce ? Devinez… Mais encor quoi ?… Baourt.
Dès que chacun a pris sa place, Aliboron se lève et tousse quatre fois, Puis d’un triple hi-han fait retentir la salle, Et, dressant l’ornement qui sur son front s’étale, Il fait tonner ainsi son éclatante voix : « Chers amis, que chaque confrère « De ses talents nous prête la lumière « Pour former la perle des sots, « Mais des plus sots qui soient dans la nature entière ».
Pompignan se lève à ces mots, Pompignan qui jadis dans sa verve stérile, Aux cordes de sa lyre osa lier Virgile ; À ses traits renfrognés, à son triste hi-han, Sans peine on reconnaît le docte Pompignan. « Aliboron, dit-il, quelle est votre insolence ? « Vous parlez de former un sot par excellence, « Eh ! ne suis-je plus moi ? Répondez. Voudrait-on « Me disputer un si beau nom ? » Tout se tait au discours du fougueux Pompignan.
Soudain l’impétueux Aignan S’écrie en secouant ses immenses oreilles : « Mais vos prétentions sont vraiment sans pareilles, « Mon cher Lefranc, perdez-vous la raison ? « Vous le savez, c’est moi dont la muse éphémère « Osa marcher sur les traces d’Homère ; « C’est donc de moi que parle Aliboron. »
Alors on vit et Lesuire et Lemierre Et Roucher et Masson et maint autre rimeur, Pour quereller sortir de leur poussière, Un m ot seul m et tout M ont m artre en ru m eur. Aliboron qui suscita l’orage De la sagesse emprunte le secours, Et pour calmer leur insipide rage, Avec douceur il leur tient ce discours : « Mes chers enfants, (ce nom convient à mon long âge,) « Aucun de vous n’a tort ; vous avez tous raison ; « (Des effets sûrs prouvent ce que j’avance) « Et tous de sot des sots vous méritez le nom ; « Mais fiez-vous à mon expérience, « Formons un sot encor plus sot que nous. « De nos talents divers ornons l’esprit d’un autre, « Et s’il a des succès, n’en soyons point jaloux, « Puisque sa gloire augmentera la nôtre. »
Il dit, et des hi-han mille fois répétés Montrent qu’on applaudit à sa rare éloquence, On se repent des coups qu’on a portés, Et tout rentre dans le silence. Aliboron reprend : « Vous voyez sur mon front « Se jouer fièrement deux superbes oreilles ; « Eh bien, à notre sot, j’en promets deux pareilles ! » On applaudit encore au docte Aliboron.
Lors Pompignan saluant l’auditoire, Brait ces mots : « Moi, Messieurs, je lui promets ma gloire, « S’il consent d’imiter mon style plat et lourd. »
Aignan se lève et salue à son tour : « A ce bijou, dit-il, je lègue mon audace, « Il sera l’ennemi de Virgile et d’Horace. »
« Je lui promets aussi, s’écrie alors Masson, « Toute la roideur helvétique, « Mes jeux de mots, et ma Minerve étique, « Qui fait si bien les vers sans rime ni raison. »
Lemierre ajoute : « Et moi, je donne à ce mignon « Le compas ennuyeux de la monotonie, « Et le talent de heurter l’harmonie. » Lesuire, prétendant lui faire aussi son don, Crie avec un ton d’arrogance : « C’est moi qui composai le Nouvel Univers, « Que devant moi tout s’incline en silence ! « Je veux que ce phénix ignore la cadence, « Et, qu’héritier de ma sèche abondance, « Il dise toujours peu, mais en beaucoup de vers. »
À cette muse encore non éclose Chaque rimeur donna quelqu’un de ses travers. Enfin la séance fut close.
Le fruit de tant de soins parut bientôt au jour, Qu’était-ce ? Devinez… Mais encor quoi ?… Baourt.