BALLADE VILLON
£°°Je meurs de soif auprès de la fontaine,£Chauld comme feu, et tremble dent à dent,£En mon païs suis en terre loingtaine ;£Lez un brazier friçonne tout ardent ;£Nu comme ung ver, vestu en president ;£Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;£Confort reprens en triste desespoir ;£Je m’esjouys et n’ay plaisir aucun ;£Puissant je suis sans force et sans povoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££°°Rien ne m’est seur que la chose incertaine,£Obscur, fors ce qui est tout evident ;£Doubte ne fais, fors en chose certaine ;£Science tiens à soudain accident ;£Je gaigne tout, et demeure perdent ;£Au point du jour, diz : « Dieu vous doint bon soir ! »£Gisant envers, j’ay grant paour de cheoir ;£J’ay bien de quoy, et si n’en ay pas un ;£Eschoicte attens, et d’homme ne suis hoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££°°De riens n’ay soing, si metz toute ma paine£D’acquerir biens, et n’y suis pretendant ;£Qui mieulx medit, c’est cil qui plus m’attaine,£Et qui plus vray, lors plus me va bourdant ;£Mon ami est qui me fait entendant£D’ung cygne blanc que c’est ung corbeau noir ;£Et qui me nuyst, croy qu’il m’aide à povoir.£Verité, bourde, aujourd’uy m’est tout un.£Je retiens tout ; riens ne sçay concepvoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.££L’<C>ENVOI££°°Prince clement, or vous plaise savoir£Que j’entens moult et n’ay sens ne sçavoir ;£Parcial suis, à toutes lois commun.£Que fais-je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir,£Bien recueilly, debouté de chascun.£££