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Emily Dickinson
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Œuvres complètes

Emily Dickinson

18 poèmes

Poème 1075

Le ciel est bas —les nuages sales. Un flocon de neige errant Par une grange ou une ornière Délibère s'il s'en ira—
Un petit vent tout le jour Se plaint de son sort— La nature, comme nous, parfois se fait prendre Sans son diadème.

Poème 1263

Il n'y a pas de frégate comme un livre Pour nous emporter en terre lointaine Ni de coursier comme une page De fougueuse poésie—
Le plus pauvre peut être du voyage Sans l'injure du péage— Qu'il est frugal le chariot Qui transporte l'âme humaine.

Poème 1317

A Abraham on fit comprendre Qu'il fallait le tuer— Isaac était un moutard, Abraham, un vieillard—
Sans hésitation Abraham se soumit— Amadouée par tant d'obéissance La tyrannie tempéra—
Isaac —à ses enfants Vécut pour raconter la fable— Morale: avec un mastiff Les manières prévalent.

Poème 1413

Doux scepticisme du cœur— Qui sait —et ne sait pas— Et tangue ainsi qu'une flotille De parfums affrontant la neige Qui appelle et diffère la vérité Craignant la sèche certitude Comparée à l'exquis tourment Passion frémissant de peur—

Poème 153

La poussière est le seul secret— La mort, la seule Dont on ne puisse tout apprendre Dans son «village natal».
Personne n'a connu «son Père»— N'a jamais été un enfant— N'a jamais eu de camarades, Ou de «vieilles histoires» —
Laborieuse! Laconique! Ponctuelle! Paisible! Hardie comme un bandit! Plus silencieuse qu'une flotte!
Bâtit comme un oiseau, aussi! Le Christ vole le nid— Un merle, puis un autre, Passés en fraude à l'éternité!

Poème 1540

Aussi imperceptiblement que le chagrin L'été s'en est allé— Trop imperceptible enfin Pour ressembler à quelque perfidie— Une quiétude s'est distillée Comme un demi-jour commencé de longtemps, Ou la Nature qui aurait passé avec elle-même Un après-midi retiré— L'obscurité s'est ramassée plus tôt— Le matin, étranger, a brillé— Courtoise, pourtant déchirante grâce, Comme invitée, mais qui s'en serait allée— Et ainsi, sans une aile, Ni l'aide d'une quille Notre été, léger, a pris la fuite Vers la beauté.

Poème 1719

C'est bien un Dieu jaloux que Dieu— Il ne peut supporter de voir Que plutôt qu'avec Lui nous préférions Jouer les uns avec les autres.

Poème 189

C'est chose si petite de pleurer— Chose si brève —soupirer— Pourtant —par des métiers de cette sorte Hommes et femmes nous mourons!

Poème 190

Il était faible, et j'étais forte —alors Il m'a laissé l'emmener— J'étais faible, et il était fort —alors Je l'ai laissé m'emmener —chez moi.
Ce n'était pas loin —la porte était à côté— Il ne faisait pas noir —puisqu'il est venu —aussi— Il n'y avait pas de bruit —puisqu'il n'a rien dit— C'est tout ce qui m'importait.
Le jour a frappé —et il a fallu nous quitter— Ni l'un ni l'autre n'étions plus forts —à présent— Il luttait —et je luttais —aussi— Nous ne l'avions pas fait —pourtant!

Poème 239

Le ciel —est ce que je ne peux pas atteindre! La pomme dans l'arbre— Pourvu qu'elle pende —vraiment— sans espoir— Voilà ce qu'est —le ciel —pour moi!
La couleur, sur le nuage en voyage— Le pays interdit— Derrière la colline —la maison derrière— Là —se trouve —le paradis!
Ses pourpres agaçants —les après-midi— L'appât —crédule— Enamouré —du Conjurateur— Qui nous a repoussés du pied —hier!

Poème 249

Folles nuits —folles nuits! Si j'étais avec toi De folles nuits seraient Notre luxure!
Futiles —les vents— Pour un cœur au port— Plus de boussole— Plus de carte!
Ramant dans l'Eden— Oh! la mer! Si je pouvais amarrer —ce soir— En toi!

Poème 301

Je me dis, la terre est brève— Et l'angoisse —absolue— Et nombreux —les blessés, Mais, qu'importe?
Je me dis, nous pourrions mourir— La meilleure vitalité Ne peut vaincre la déchéance, Mais, qu'importe?
Je me dis qu'au ciel— De toute façon, ce sera égal— D'après une équation nouvelle— Mais, qu'importe?

Poème 449

J'étais morte pour la beauté, mais à peine Etais-je installée dans la tombe Qu'un autre, mort pour la vérité, Fut mis dans une chambre à côté—
Doucement il demanda «pourquoi j'étais tombée»; «Pour la beauté», répondis-je— «Et moi, pour la vérité, c'est tout un— Nous sommes frère et sœur», dit-il—
Et ainsi, comme des parents rencontrés la nuit, Nous parlions d'une chambre à l'autre— Jusqu'à ce que la mousse atteignît nos lèvres— Et recouvrît —nos noms—

Poème 465

J’entendis une Mouche bourdonner – quand je mourus– Le Calme dans la Chambre Était comme le Calme dans l’Air – Entre les Soubresauts de l’Orage –
Les Yeux alentour – essorés, secs – Et les souffles retenus Pour le dernier Assaut – lorsque le Roi Apparaîtrait – dans la Chambre –
Je léguais mes Menus Objets – et Donnais Cette part de moi Qui se peut donner – et c’est lors Qu’une Mouche s’interposa –
Avec un Bourdonnement Bleu – incertain, trébuchant – Entre la lumière – et moi – Et puis les Vitres s’évanouirent – et puis Je n’y vis plus pour voir –

Poème 478

Je n'ai pas eu le temps d'haïr— Parce que La tombe m'aurait fait obstacle— Et la vie n'était pas si Vaste que Je pusse achever —l'hostilité—
Je n'ai pas eu le temps d'aimer non plus Mais puisqu'il Fallait bien quelque activité— Le petit labeur de l'amour— Ai-je pensé Me suffisait bien assez—

Poème 528

Mien —par le droit de la blanche élection! Mien —par le sceau royal! Mien —par le signe dans la prison écarlate— Que les barreaux —ne peuvent cacher!
Mien —ici —dans la vision —et le veto! Mien —par l'abrogation du tombeau— Titré —confirmé— Délirant privilège! Mien —aussi longtemps que le temps fuit!

Poème 536

Le cœur demande le plaisir —d'abord Et puis —une dispense de la douleur— Et puis —ces petits tranquillisants Qui calment la souffrance—
Et puis —il demande à dormir— Et puis —si c'est La volonté de son inquisiteur Le privilège de mourir—

Poème 686

On dit que le temps guérit— Le temps jamais n'a guéri— Une souffrance réelle s'affermit Comme les nerfs avec l'âge—
Le temps est l'épreuve de la peine— Mais pas un remède— S'il se montre tel, il montre aussi Qu'il n'y avait pas de maladie—

À propos de Emily Dickinson

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Emily Dickinson. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Poème 1075Emily Dickinson · Voix de synthèse
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