La poésie de Vladimir Sorrodjé est d’abord profondément corporelle : le corps qui marche, tombe, s’use ; l’intestin qui pousse ; la bouche qui mâche un mot qu’elle ne parvient pas à cracher ; le corps de travail épuisé par la répétition, les gants, les néons, les gestes mécaniques.
La voix, elle, est empêchée : elle bégaie, trébuche, repart, se cogne, se suspend. On entend ce cri qui « retombe », qui ne trouve pas d’ouverture — tension sous-jacente à l’ensemble du recueil, paradoxe intérieur issu de la coexistence du désir de dire et de l’impossibilité de le faire.
Le tout se déploie dans un chaos sonore assourdissant : bruit de la ville, bruit médiatique, bruit de la chaîne de travail, bruit mental répétitif, iconoclaste, auquel s’oppose le silence : espace fragile à reconquérir, intervalle, trou dans la matière.
La chute n’y est pas seulement vertigineuse : elle ouvre la possibilité d’une déviation vitale, d’une inclinaison qui pourrait encore faire sens. Une interrogation affleure : continuer ou arrêter ? marcher ou s’effondrer ? se laisser broyer par la cage, ou chercher malgré tout une porte ?