Que ce soit dimanche ou lundiSoir ou matin minuit midiDans l'enfer ou le paradisLes amours aux amours ressemblentC'était hier que je t'ai ditNous dormirons ensemble C'était hier et c'est demainJe n'ai plus que toi de cheminJ'ai mis mon cœur entre tes mainsAvec le tien comme il va l'ambleTout ce qu'il a de temps humainNous dormirons ensemble Mon amour ce qui fut seraLe ciel est sur nous comme un drapJ'ai refermé sur toi mes brasEt tant je t'aime que j'en trembleAussi longtemps que tu voudrasNous dormirons ensemble.
Se voir le plus possible et s’aimer seulement,Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ; Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,Et dans cette clarté respirer librement, — Ainsi respirait Laure et chantait son amant. Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi. Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,Dans la nuit éternelle emportés sans retour,Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges Jeter l’ancre un seul jour ? Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,Et près des flots chéris qu’elle devoit revoir,Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre Où tu la vis s’asseoir ! Tu mugissois ainsi sous ces roches profondes,Ainsi tu te brisois sur leurs flancs déchirés,Ainsi le vent jetoit l’écume de tes ondes Sur ses pieds adorés. Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;On n’entendoit au loin, sur l’onde et sous les cieux,Que le bruit des rameurs qui frappoient en cadence Tes flots harmonieux. Tout-à-coup des accents inconnus à la terreDu rivage charmé frappèrent les échos ;Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère Laissa tomber ces mots : « Ô temps ! suspends ton vol ; et vous, heures propices « Suspendez votre cours :« Laissez-nous savourer les rapides délices « Des plus beaux de nos jours ! « Assez de malheureux ici-bas vous implorent, « Coulez, coulez pour eux ;« Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent, « Oubliez les heureux. « Mais je demande en vain quelques moments encore, « Le temps m’échappe et fuit ;« Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore « Va dissiper la nuit. « Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive, « Hâtons-nous, jouissons !« L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ; « Il coule, et nous passons ! » Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,S’envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours du malheur ? Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus ! Éternité, néant, passé, sombres abymes,Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez ? Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir ! Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux. Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés. Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,Que les parfums légers de ton air embaumé,Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire, Tout dise : Ils ont aimé !
J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closesQue les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir. Les nœuds ont éclaté. Les roses envoléesDans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ; La vague en a paru rouge et comme enflammée.Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée...Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
Elle est debout sur mes paupièresEt ses cheveux sont dans les miens,Elle a la forme de mes mains,Elle a la couleur de mes yeux,Elle s’engloutit dans mon ombreComme une pierre sur le ciel. Elle a toujours les yeux ouvertsEt ne me laisse pas dormir.Ses rêves en pleine lumièreFont s’évaporer les soleils,Me font rire, pleurer et rire,Parler sans avoir rien à dire.
Écoute-moi. Voici la chose nécessaire :Être aimé. Hors de là rien n'existe, entends-tu ?Être aimé, c'est l'honneur, le devoir, la vertu,C'est Dieu, c'est le démon, c'est tout. J'aime, et l'on m'aime.Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,Fier, content, respirant l'air libre à pleins poumons,Il faut que j'aie une ombre et qu'elle dise : Aimons !Il faut que de mon âme une autre âme se double,Il faut que, si je suis absent, quelqu'un se trouble,Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?Si personne ne dit cela, je sens l'exil,L'anathème et l'hiver sur moi, je suis terrible,Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,C'est l'homme sans foyer, sans but, épars au vent.Ah ! celui qui n'est pas aimé, n'est pas vivant.Quoi, nul ne vous choisit ! Quoi, rien ne vous préfère !A quoi bon l'univers ? l'âme qu'on a, qu'en faire ?Que faire d'un regard dont personne ne veut ?La vie attend l'amour, le fil cherche le noeud.Flotter au hasard ? Non ! Le frisson vous pénètre ;L'avenir s'ouvre ainsi qu'une pâle fenêtre ;Où mettra-t-on sa vie et son rêve ? On se croitOrphelin ; l'azur semble ironique, on a froid ;Quoi ! ne plaire à personne au monde ! rien n'apaiseCette honte sinistre ; on languit, l'heure pèse,Demain, qu'on sent venir triste, attriste aujourd'hui,Que faire ? où fuir ? On est seul dans l'immense ennui.Une maîtresse, c'est quelqu'un dont on est maître ;Ayons cela. Soyons aimé, non par un êtreGrand et puissant, déesse ou dieu. Ceci n'est pasLa question. Aimons ! Cela suffit. Mes pasCessent d'être perdus si quelqu'un les regarde.Ah ! vil monde, passants vagues, foule hagarde,Sombre table de jeu, caverne sans rayons !Qu'est-ce que je viens faire à ce tripot, voyons ?J'y bâille. Si de moi personne ne s'occupe,Le sort est un escroc, et je suis une dupe.J'aspire à me brûler la cervelle. Ah ! quel deuil !Quoi rien ! pas un soupir pour vous, pas un coup d'oeil !Que le fuseau des jours lentement se dévide !Hélas ! comme le coeur est lourd quand il est vide !Comment porter ce poids énorme, le néant ?L'existence est un trou de ténèbres, béant ;Vous vous sentez tomber dans ce gouffre. Ah ! quand DanteLivre à l'affreuse bise implacable et grondanteFrançoise échevelée, un baiser éternelLa console, et l'enfer alors devient le ciel.Mais quoi ! je vais, je viens, j'entre, je sors, je passe,Je meurs, sans faire rien remuer dans l'espace !N'avoir pas un atome à soi dans l'infini !Qu'est-ce donc que j'ai fait ? De quoi suis-je puni ?Je ris, nul ne sourit ; je souffre, nul ne pleure.Cette chauve-souris de son aile m'effleure,L'indifférence, blême habitante du soir.Être aimé ! sous ce ciel bleu - moins souvent que noir -Je ne sais que cela qui vaille un peu la peineDe mêler son visage à la laideur humaine,Et de vivre. Ah ! pour ceux dont le coeur bat, pour ceuxQui sentent un regard quelconque aller vers eux,Pour ceux-là seulement, Dieu vit, et le jour brille !Qu'on soit aimé d'un gueux, d'un voleur, d'une fille,D'un forçat jaune et vert sur l'épaule imprimé,Qu'on soit aimé d'un chien, pourvu qu'on soit aimé !
Nuit et jour, malgré moi, lorsque je suis loin d'elle,A ma pensée ardente un souvenir fidèleLa ramène ; — il me semble ouïr sa douce voixComme le chant lointain d'un oiseau ; je la voisAvec son collier d'or, avec sa robe blanche,Et sa ceinture bleue, et la fraîche pervencheDe son chapeau de paille, et le sourire linQui découvre ses dents de perle, — telle enfinQue je la vis un soir dans ce bois de vieux ormesQui couvrent le chemin de leurs ombres difformes ;Et je l'aime d'amour profond : car ce n'est pasUne femme au teint pâle, et mesurant ses pasAu regard nuagé de langueur, une AnglaiseMorne comme le ciel de Londres, qui se plaiseLa tête sur sa main à rêver longuement,A lire Grandisson et Werther, non vraiment ;Mais une belle enfant inconstante et frivole,Qui ne rêve jamais ; une brune créoleAux grands sourcils arqués; aux longs yeux de veloursDont les regards furtifs vous poursuivent toujours ;A la taille élancée, à la gorge divine,Que sous les plis du lin la volupté devine.
Le présent se fait vide et triste,Ô mon amie, autour de nous ;Combien peu de passé subsiste !Et ceux qui restent changent tous. Nous ne voyons plus sans envieLes yeux de vingt ans resplendir,Et combien sont déjà sans vieDes yeux qui nous ont vus grandir ! Que de jeunesse emporte l'heure,Qui n'en rapporte jamais rien !Pourtant quelque chose demeure :Je t'aime avec mon cœur ancien, Mon vrai cœur, celui qui s'attacheEt souffre depuis qu'il est né,Mon cœur d'enfant, le cœur sans tacheQue ma mère m'avait donné ; Ce cœur où plus rien ne pénètre,D'où plus rien désormais ne sort ;Je t'aime avec ce que mon êtreA de plus fort contre la mort ; Et, s'il peut braver la mort même,Si le meilleur de l'homme est telQue rien n'en périsse, je t'aimeAvec ce que j'ai d'immortel.
Ici je t’aime.Dans les pins obscurs le vent se démêle.La lune resplendit sur les eaux vagabondes.Des jours égaux marchent et se poursuivent. Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.Une mouette d’argent du couchant se décroche.Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles. Ô la croix noire d’un bateau.Seul.Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.La mer au loin sonne et résonne.Voici un port.Ici je t’aime. Ici je t’aime. En vain te cache l’horizon.Tu restes mon amour parmi ces froides choses.Parfois mes baisers vont sur ces graves bateauxqui courent sur la mer au but jamais atteint. Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.Abordé par le soir le quai devient plus triste.Et ma vie est lassée de sa faim inutile.J’aime tout ce que je n’ai pas. Et toi comme tu es loin. Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.La lune fait tourner ses rouages de songe. Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulentchanter ton nom avec leurs aiguilles de fer.
La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,Un rond de danse et de douceur,Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécuC'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.Feuilles de jour et mousse de rosée,Roseaux du vent, sourires parfumés,Ailes couvrant le monde de lumière,Bateaux chargés du ciel et de la mer,Chasseurs des bruits et sources des couleurs, Parfums éclos d'une couvée d'auroresQui gît toujours sur la paille des astres,Comme le jour dépend de l'innocenceLe monde entier dépend de tes yeux pursEt tout mon sang coule dans leurs regards.
À propos de cette sélection
Ces poèmes sont réunis dans « Ils se disent oui », une sélection du rayon « Toi, toi mon toi ». Les attributions enregistrées accompagnent les textes.
À propos de cette lecture
Les illustrations sont des créations ou des interprétations risographiées.