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Toi, toi mon toi
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14 février

Toi, toi mon toi

6 poèmes

Il devrait n’être point de désespoir pour toi

Emily Brontë

Il devrait n’être point de désespoir pour toi Tant que brûlent la nuit les étoiles, Tant que le soir répand sa rosée silencieuse, Que le soleil dore le matin.
Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes Ruissellent comme une rivière : Les plus chère de tes années ne sont-elles pas Autour de ton cœur à jamais ?
Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ; Les vents soupirent comme tu soupires, Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin Là où gisent les feuilles d’automne
Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort Ne saurait être séparé : Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie, Du moins jamais le cœur brisé.

Mélodie

Gérard de Nerval

Quand le plaisir brille en tes yeux  Pleins de douceur et d'espérance,  Quand le charme de l'existence  Embellit tes traits gracieux, —  Bien souvent alors je soupire  En songeant que l'amer chagrin, Aujourd'hui loin de toi, peut t'atteindre demain, Et de ta bouche aimable effacer le sourire ; Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pas  Les illusions dissipées, Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,  Et les espérances trompées !
Mais crois-moi, mon amour ! tous ces charmes naissants  Que je contemple avec ivresse S'ils s'évanouissaient sous mes bras caressants,  Tu conserverais ma tendresse !  Si tes attraits étaient flétris,  Si tu perdais ton doux sourire,  La grâce de tes traits chéris  Et tout ce qu'en toi l'on admire, Va, mon cœur n'est pas incertain : De sa sincérité tu pourrais tout attendre. Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin, S'enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre !
Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd'hui, J'en gémirais pour toi ; mais en ce cœur fidèle Je trouverais peut-être une douceur nouvelle, Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui, Chassant la jalousie en tourments si féconde, Une plus vive ardeur me viendrait animer. « Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu'au monde Il ne reste que moi qui puisse encor l'aimer ! »
Mais qu'osè-je prévoir ? tandis que la jeunesse T'entoure d'un éclat, hélas ! bien passager, Tu ne peux te fier à toute la tendresse D'un cœur en qui le temps ne pourra rien changer. Tu le connaîtras mieux : s'accroissant d'âge en âge, L'amour constant ressemble à la fleur du soleil, Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage Dont elle a, le matin, salué son réveil !

Je t'aime

Paul Eluard

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud Pour la neige qui fond pour les premières fleurs Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas Je t'aime pour aimer Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte Entre autrefois et aujourd'hui Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie Comme on oublie
Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne Pour la santé Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas Tu crois être le doute et tu n'es que raison Tu es le grand soleil qui me monte à la tête Quand je suis sûr de moi.

Certitude

Paul Eluard

Si je te parle c’est pour mieux t’entendre Si je t’entends je suis sûr de comprendre
Si tu souris c’est pour mieux m’envahir Si tu souris je vois le monde entier
Si je t’étreins c’est pour me continuer Si nous vivons tout sera à plaisir
Si je te quitte nous nous souviendrons Et nous quittant nous nous retrouverons.

Air vif

Paul Eluard

J’ai regardé devant moi Dans la foule je t’ai vue Parmi les blés je t’ai vue Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages Au fond de tous mes tourments Au tournant de tous les rires Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue Dans ma maison je t’ai vue Entre mes bras je t’ai vue Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.

Immense et rouge

Jacques Prévert

Immense et rouge Au-dessus du Grand Palais Le soleil d'hiver apparaît Et disparaît Comme lui mon coeur va disparaître Et tout mon sang va s'en aller S'en aller à ta recherche Mon amour Ma beauté Et te trouver Là où tu es.

À propos de cette sélection

Ces poèmes sont réunis dans « 14 février », une sélection du rayon « Toi, toi mon toi ». Les attributions enregistrées accompagnent les textes.

À propos de cette lecture

Les illustrations sont des créations ou des interprétations risographiées.

Il devrait n’être point de désespoir pour toiEmily Brontë · Voix de synthèse
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