Aller au poème
Avec la famille

Le Loup et l’Agneau

La raison du plus fort est toujours la meilleure :     Nous l’allons montrer tout à l’heure.     Un agneau se désaltérait     Dans le courant d’une onde pure. Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,   Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?     Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté     Ne se mette pas en colère ;     Mais plutôt qu’elle considère     Que je me vas désaltérant         Dans le courant,     Plus de vingt pas au-dessous d’elle ; Et que, par conséquent, en aucune façon     Je ne puis troubler sa boisson. Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis l’an passé. Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ?   Reprit l’agneau : je tette encore ma mère. —     Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. —   Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens ;     Car vous ne m’épargnez guère,      Vous, vos bergers et vos chiens.   On me l’a dit : il faut que je me venge.     Là-dessus, au fond des forêts     Le loup l’emporte, et puis le mange,     Sans autre forme de procès.
Le Loup et l’AgneauJean de La Fontaine · Voix de synthèse
0:000:00