Il devrait n’être point de désespoir pour toiTant que brûlent la nuit les étoiles,Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,Que le soleil dore le matin. Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmesRuissellent comme une rivière :Les plus chère de tes années ne sont-elles pasAutour de ton cœur à jamais ? Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;Les vents soupirent comme tu soupires,Et l’Hiver en flocons déverse son chagrinLà où gisent les feuilles d’automne Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sortNe saurait être séparé :Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,Du moins jamais le cœur brisé.
MA BOHÊME — (Fantaisie.) Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;Mon paletot aussi devenait idéal ;J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !Mon unique culotte avait un large trou.— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma courseDes rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.Et je les écoutais, assis au bord des routes,Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttesDe rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,Comme des lyres, je tirais les élastiquesDe mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.Je laisserai le vent baigner ma tête nue ! Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :Mais l’amour infini me montera dans l’âme,Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémienPar la Nature, — heureux comme avec une femme.
va. ce monde, je te le donne.va. jamais n'abandonne.c'est vrai qu'il n'est pas à l'imagedes rêves d'un enfant de ton âge,je sais.le monde a des accents.souvent, il nous montre les dentsmais je l'aime comme je t'aime.et je voudrais tant que tu l'aimes.je voudrais tant.tu en es le vivant poème.pars. le monde est un espoir.l'espoir, jamais ne l'abandonne.oui, le monde est notre histoirede matins clairs et de nuits noires,je sais.je sais que le monde a des armes.que le monde parfois nous désarmemais il t'aimera comme tu l'aimes.il t'aimera.la vie est un poèmeque tu vas écrire toi-même.pars. ce monde, va le voir.jamais ne perds l'espoir.va. dans ce monde, va te voir.traverse les miroirs.je sais,je sais que le monde a des dents.comme nous, le monde se défendmais il t'aimera comme tu l'aimes.et je voudrais tant que tu l'aimes.la vie est un long je t'aime,un long je t'aime.pars. ce monde, va le voir.traverse les miroirset jamais jamais n'abandonne.va, pars.la vie est un long je t'aimeque tu veux cueillir toi-même.pars. et jamais jamais n'abandonnes, va.va, traverse les miroirsoù se reflète ton regard.tu es un vivant poème.la vie est un long je t'aimedont tu es le vivant poème,le vivant poème,le vivant poème,mon vivant poème
I On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !— On va sous les tilleuls verts de la promenade. Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;Le vent chargé de bruits, — la ville n’est pas loin, —A des parfums de vigne et des parfums de bière… II— Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffonD’azur sombre, encadré d’une petite branche,Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fondAvec de doux frissons, petite et toute blanche… Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.La sève est du champagne et vous monte à la tête…On divague ; on se sent aux lèvres un baiserQui palpite là, comme une petite bête… IIILe cœur fou Robinsonne à travers les romans,— Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,Passe une demoiselle aux petits airs charmants,Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père… Et, comme elle vous trouve immensément naïf,Tout en faisant trotter ses petites bottines,Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines… IVVous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.Vous êtes amoureux. — Vos sonnets la font rire.Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.— Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… ! — Ce soir-là,… — vous rentrez aux cafés éclatants,Vous demandez des bocks ou de la limonade…— On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ansEt qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.
Il meurt lentementcelui qui ne voyage pas,celui qui ne lit pas,celui qui n’écoute pas de musique,celui qui ne sait pas trouvergrâce à ses yeux.Il meurt lentementcelui qui détruit son amour-propre,celui qui ne se laisse jamais aider. Il meurt lentementcelui qui devient esclave de l’habituderefaisant tous les jours les mêmes chemins,celui qui ne change jamais de repère,Ne se risque jamais à changer la couleurde ses vêtementsOu qui ne parle jamais à un inconnuIl meurt lentementcelui qui évite la passionet son tourbillon d’émotionscelles qui redonnent la lumière dans les yeuxet réparent les coeurs blessés Il meurt lentementcelui qui ne change pas de caplorsqu’il est malheureuxau travail ou en amour,celui qui ne prend pas de risquespour réaliser ses rêves,celui qui, pas une seule fois dans sa vie,n’a fui les conseils sensés. Vis maintenant!Risque-toi aujourd’hui!Agis tout de suite!Ne te laisse pas mourir lentement!Ne te prive pas d’être heureux!
Homme libre, toujours tu chériras la merLa mer est ton miroir ; tu contemples ton âmeDans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. Tu te plais à plonger au sein de ton image ;Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœurSe distrait quelquefois de sa propre rumeurAu bruit de cette plainte indomptable et sauvage. Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes, Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets ! Et cependant voilà des siècles innombrablesQue vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
Les amoureux fervents et les savants austèresAiment également, dans leur mûre saison, Les chats puissants et doux, orgueil de la maison, Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires. Amis de la science et de la volupté, Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;L’Érèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres, S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté. Ils prennent en songeant les nobles attitudesDes grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin ; Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques, Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin, Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
Sur mes cahiers d’écolierSur mon pupitre et les arbresSur le sable sur la neigeJ’écris ton nom Sur toutes les pages luesSur toutes les pages blanchesPierre sang papier ou cendreJ’écris ton nom Sur les images doréesSur les armes des guerriersSur la couronne des roisJ’écris ton nom Sur la jungle et le désertSur les nids sur les genêtsSur l’écho de mon enfanceJ’écris ton nom Sur les merveilles des nuitsSur le pain blanc des journéesSur les saisons fiancéesJ’écris ton nom Sur tous mes chiffons d’azurSur l’étang soleil moisiSur le lac lune vivanteJ’écris ton nom Sur les champs sur l’horizonSur les ailes des oiseauxEt sur le moulin des ombresJ’écris ton nom Sur chaque bouffée d’auroreSur la mer sur les bateauxSur la montagne démenteJ’écris ton nom Sur la mousse des nuagesSur les sueurs de l’orageSur la pluie épaisse et fadeJ’écris ton nom Sur les formes scintillantesSur les cloches des couleursSur la vérité physiqueJ’écris ton nom Sur les sentiers éveillésSur les routes déployéesSur les places qui débordentJ’écris ton nom Sur la lampe qui s’allumeSur la lampe qui s’éteintSur mes maisons réuniesJ’écris ton nom Sur le fruit coupé en deuxDu miroir et de ma chambreSur mon lit coquille videJ’écris ton nom Sur mon chien gourmand et tendreSur ses oreilles dresséesSur sa patte maladroiteJ’écris ton nom Sur le tremplin de ma porteSur les objets familiersSur le flot du feu béniJ’écris ton nom Sur toute chair accordéeSur le front de mes amisSur chaque main qui se tendJ’écris ton nom Sur la vitre des surprisesSur les lèvres attentivesBien au-dessus du silenceJ’écris ton nom Sur mes refuges détruitsSur mes phares écroulésSur les murs de mon ennuiJ’écris ton nom Sur l’absence sans désirSur la solitude nueSur les marches de la mortJ’écris ton nom Sur la santé revenueSur le risque disparuSur l’espoir sans souvenirJ’écris ton nom Et par le pouvoir d’un motJe recommence ma vieJe suis né pour te connaîtrePour te nommer Liberté.
Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux :Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses. Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux. Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes. De ces biens passagers que l’on goûte à demi,Le meilleur qui nous reste est un ancien ami. On se brouille, on se fuit. — Qu’un hasard nous rassemble, On s’approche, on sourit, la main touche la main,Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
À propos de cette sélection
Ces poèmes sont réunis dans « Soeur », une sélection du rayon « Avec la famille ». Les attributions enregistrées accompagnent les textes.
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Les illustrations sont des créations ou des interprétations risographiées.