Je suis comme je suisJe suis faite comme çaQuand j'ai envie de rireOui je ris aux éclatsJ'aime celui qui m'aimeEst-ce ma faute à moiSi ce n'est pas le mêmeQue j'aime à chaque foisJe suis comme je suisJe suis faite comme çaQue voulez-vous de plusQue voulez-vous de moiJe suis faite pour plaireEt n'y puis rien changerMes talons sont trop hautsMa taille trop cambréeMes seins beaucoup trop dursEt mes yeux trop cernésEt puis aprèsQu'est-ce que ça peut vous faireJe suis comme je suisJe plais à qui je plaisQu'est-ce que ça peut vous faireCe qui m'est arrivéOui j'ai aimé quelqu'unOui quelqu'un m'a aiméeComme les enfants qui s'aimentSimplement savent aimerAimer aimer...Pourquoi me questionnerJe suis là pour vous plaireEt n'y puis rien changer.
I On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !— On va sous les tilleuls verts de la promenade. Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;Le vent chargé de bruits, — la ville n’est pas loin, —A des parfums de vigne et des parfums de bière… II— Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffonD’azur sombre, encadré d’une petite branche,Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fondAvec de doux frissons, petite et toute blanche… Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.La sève est du champagne et vous monte à la tête…On divague ; on se sent aux lèvres un baiserQui palpite là, comme une petite bête… IIILe cœur fou Robinsonne à travers les romans,— Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,Passe une demoiselle aux petits airs charmants,Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père… Et, comme elle vous trouve immensément naïf,Tout en faisant trotter ses petites bottines,Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines… IVVous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.Vous êtes amoureux. — Vos sonnets la font rire.Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.— Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… ! — Ce soir-là,… — vous rentrez aux cafés éclatants,Vous demandez des bocks ou de la limonade…— On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ansEt qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.Je laisserai le vent baigner ma tête nue ! Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :Mais l’amour infini me montera dans l’âme,Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémienPar la Nature, — heureux comme avec une femme.
La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l’allons montrer tout à l’heure. Un agneau se désaltérait Dans le courant d’une onde pure. Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage :Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu’elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d’elle ;Et que, par conséquent, en aucune façon Je ne puis troubler sa boisson.Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;Et je sais que de moi tu médis l’an passé.Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ? Reprit l’agneau : je tette encore ma mère. — Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. — Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens ; Car vous ne m’épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l’a dit : il faut que je me venge. Là-dessus, au fond des forêts Le loup l’emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.
Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi !Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroiSe planteront bientôt comme dans une cible ; Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizonAinsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;Chaque instant te dévore un morceau du déliceÀ chaque homme accordé pour toute sa saison. Trois mille six cents fois par heure, la SecondeChuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voixD’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)Les minutes, mortel folâtre, sont des ganguesQu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or ! Souviens-toi que le Temps est un joueur avideQui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide. Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »
Sur mes cahiers d’écolierSur mon pupitre et les arbresSur le sable sur la neigeJ’écris ton nom Sur toutes les pages luesSur toutes les pages blanchesPierre sang papier ou cendreJ’écris ton nom Sur les images doréesSur les armes des guerriersSur la couronne des roisJ’écris ton nom Sur la jungle et le désertSur les nids sur les genêtsSur l’écho de mon enfanceJ’écris ton nom Sur les merveilles des nuitsSur le pain blanc des journéesSur les saisons fiancéesJ’écris ton nom Sur tous mes chiffons d’azurSur l’étang soleil moisiSur le lac lune vivanteJ’écris ton nom Sur les champs sur l’horizonSur les ailes des oiseauxEt sur le moulin des ombresJ’écris ton nom Sur chaque bouffée d’auroreSur la mer sur les bateauxSur la montagne démenteJ’écris ton nom Sur la mousse des nuagesSur les sueurs de l’orageSur la pluie épaisse et fadeJ’écris ton nom Sur les formes scintillantesSur les cloches des couleursSur la vérité physiqueJ’écris ton nom Sur les sentiers éveillésSur les routes déployéesSur les places qui débordentJ’écris ton nom Sur la lampe qui s’allumeSur la lampe qui s’éteintSur mes maisons réuniesJ’écris ton nom Sur le fruit coupé en deuxDu miroir et de ma chambreSur mon lit coquille videJ’écris ton nom Sur mon chien gourmand et tendreSur ses oreilles dresséesSur sa patte maladroiteJ’écris ton nom Sur le tremplin de ma porteSur les objets familiersSur le flot du feu béniJ’écris ton nom Sur toute chair accordéeSur le front de mes amisSur chaque main qui se tendJ’écris ton nom Sur la vitre des surprisesSur les lèvres attentivesBien au-dessus du silenceJ’écris ton nom Sur mes refuges détruitsSur mes phares écroulésSur les murs de mon ennuiJ’écris ton nom Sur l’absence sans désirSur la solitude nueSur les marches de la mortJ’écris ton nom Sur la santé revenueSur le risque disparuSur l’espoir sans souvenirJ’écris ton nom Et par le pouvoir d’un motJe recommence ma vieJe suis né pour te connaîtrePour te nommer Liberté.
Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux :Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses. Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux. Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes. De ces biens passagers que l’on goûte à demi,Le meilleur qui nous reste est un ancien ami. On se brouille, on se fuit. — Qu’un hasard nous rassemble, On s’approche, on sourit, la main touche la main,Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
Il meurt lentementcelui qui ne voyage pas,celui qui ne lit pas,celui qui n’écoute pas de musique,celui qui ne sait pas trouvergrâce à ses yeux.Il meurt lentementcelui qui détruit son amour-propre,celui qui ne se laisse jamais aider. Il meurt lentementcelui qui devient esclave de l’habituderefaisant tous les jours les mêmes chemins,celui qui ne change jamais de repère,Ne se risque jamais à changer la couleurde ses vêtementsOu qui ne parle jamais à un inconnuIl meurt lentementcelui qui évite la passionet son tourbillon d’émotionscelles qui redonnent la lumière dans les yeuxet réparent les coeurs blessés Il meurt lentementcelui qui ne change pas de caplorsqu’il est malheureuxau travail ou en amour,celui qui ne prend pas de risquespour réaliser ses rêves,celui qui, pas une seule fois dans sa vie,n’a fui les conseils sensés. Vis maintenant!Risque-toi aujourd’hui!Agis tout de suite!Ne te laisse pas mourir lentement!Ne te prive pas d’être heureux!
Regarde bien, petitRegarde bienSur la plaine là-basÀ hauteur des roseauxEntre ciel et moulinY a un homme qui vientQue je ne connais pasRegarde bien, petitRegarde bien Est-ce un lointain voisinUn voyageur perduUn revenant de guerreUn montreur de dentelles ?Est-ce un abbé, porteurDe ces fausses nouvellesQui aident à vieillir ?Est-ce mon frère qui vientMe dire qu'il est tempsD'un peu moins nous haïr ?Ou n'est-ce que le ventQui gonfle un peu le sableEt forme des miragesPour nous passer le temps ? Regarde bien, petitRegarde bienSur la plaine là-basÀ hauteur des roseauxEntre ciel et moulinY a un homme qui vientQue je ne connais pasRegarde bien, petitRegarde bien Ce n'est pas un voisinSon cheval est trop fierPour être de ce coinPour revenir de guerreCe n'est pas un abbéSon cheval est trop pauvrePour être paroissienCe n'est pas un marchandSon cheval est trop clairSon habit est trop blancEt aucun voyageurN'a plus passé le pontDepuis la mort du pèreNi ne sait nos prénoms Regarde bien, petitRegarde bienSur la plaine là-basÀ hauteur des roseauxEntre ciel et moulinY a un homme qui vientQue je ne connais pasRegarde bien, petitRegarde bien Non ce n'est pas mon frèreSon cheval aurait buNon ce n'est pas mon frèreIl ne l'oserait plusIl n'est plus rien iciQui puisse le servirNon ce n'est pas mon frèreMon frère a pu mourirCette ombre de midiAurait plus de tourmentsS'il s'agissait de lui Allons, c'est bien le ventQui gonfle un peu le sablePour nous passer le temps Regarde bien, petitRegarde bienSur la plaine là-basÀ hauteur des roseauxEntre ciel et moulinY a un homme qui partQue nous ne saurons pasIl faut sécher tes larmesRegarde bien, petitRegarde bienSur la plaine là-basY a un homme qui partQue nous ne saurons pasTu peux ranger les armes
À propos de cette sélection
Ces poèmes sont réunis dans « Frère », une sélection du rayon « Avec la famille ». Les attributions enregistrées accompagnent les textes.
À propos de cette lecture
Les illustrations sont des créations ou des interprétations risographiées.