Adagio de la mer
La douleur doit avoir son propre recoin : minuit
ou la fenêtre. La muqueuse de la mer colle à la vitre.
Avec lenteur la matière des ténèbres sourd de tes yeux.
Le vin rouge est fanal de bateau la nuit.
Tu entends l’estuaire des veines de ton corps crier un nom.
L’adieu qui se refroidit feuillette un manuel.
Au loin, un tableau noir est accroché en-deçà de la nudité de minuit.
Les vagues n’en finissent pas de réciter les leçons d’un visage.
Le poème renvoyant la lumière reflète la pensée des poissons avant leur naissance.
Mille lignes horizontales ajournent le mot mer.
La chair soumise des flots se brise contre ce jour qui ne peut être ajourné,
tout comme chaque jour. Fixer le lointain est distanciation.
Le verre qui crisse alentour est aspiré par tes poumons.
L’angle mort, d’une lenteur plus qu’immobile, s’assied dans
l’ivresse. L’ouragan filtré devient l’autre face du réel incolore.
La souffrance, elle, est parfaite, est aveugle.