Aller aux poèmes
Robert Burns
22 pixels
1 / 6

Œuvres complètes

Robert Burns

6 poèmes

À un haggis

Avec ta bonne et belle bouille rebondie, De l'armée des puddings tu es le chef suprême ! Et tu prends dignement ton siège légitime, Au-dessus des boyaux, des tripes, des andouilles, Méritant bien un bénédicité Aussi long que mon bras.
Tu remplis le plateau qui gémit sous ton poids, Tes flancs puissants s'étalent comme une colline, L'épingle qui te ferme pourrait faire l'axe d'un moulin En cas de besoin ; Et par tous les pores de ta peau, les essences distillent Comme des perles d'ambre.
Un rude homme de labeur essuie sa lame Et te tranche d'un coup de main habile, Taillant dans tes nobles entrailles dégoulinantes, Comme on creuse un fossé ; Et alors, quel spectacle somptueux ! Quelle richesse ! Quel parfum glorieux !
Puis, tous donnant de la cuillère, tous y vont de bon cœur, Et malheur au dernier ! On pioche avec bonheur, Jusqu'à ce que bientôt les ventres distendus Gonflent en forme de barriques ; Et qu'un brave ancien, prêt à éclater, Récite en soufflant l'action de grâce.
En existe-t-il un, penché sur son ragoût français, Ou sur un des ces plats huileux à écœurer un porc De dégoût, ou sur une de ces fricassées À vous lever le cœur, Qui puisse contempler l'air méprisant, le nez levé, Un tel dîner ?
Pauvre Diable ! Regardez-le d'ailleurs, ce mangeur de chichis, Mou comme une saucisse rabougrie, Avec des mollets fins comme cordes à violon, Des poings gros comme des noisetons, Aussi capable d'un bon combat sanglant sur la terre ou la mer, Qu'un mouton !
Regardez maintenant notre humble mangeur de haggis, La terre tremble sous ses pas ! Son poing massif tient un large espadon Qu'il sait faire siffler, Faisant voler bras, têtes et mollets Comme autant de fleurs de chardon !
Puissances qui sur l'homme veillez, Et qui régentez son manger, L'Ecosse ne veut pas de ces potions liquides Qui clapotent dans un soupier ; Mais si vous voulez ses prières laudatrices, Donnez-lui un haggis.

Auld Lang Syne

Faut-il oublier les vieux amis et jamais ne les avoir à l'esprit ? Faut-il oublier les vieux amis Et les jours anciens ?
Aux jours anciens, mon ami, Aux jours anciens Buvons encore un verre à la tendresse, Aux jours anciens.
Nous avons couru tous deux dans les collines Et avons cueilli de belles marguerites, Nous avons vagabondé, les pieds fatigués, Depuis les temps anciens.
Nous avons ramé tous deux sur la rivière, Du matin au dîner, Mais de grandes mers ont rugi entre nous Depuis les temps anciens.
Et voici ma main, mon fidèle ami, Et donne-nous ta main, Et nous boirons volontiers Aux jours anciens.
Et pour sûr, tu paieras ta tournée, Et pour sûr, ce sera la mienne, Buvons encore un verre à la tendresse, Aux jours anciens.

Jeune femme et vieux mari

Dites, que voulez-vous que jeune ménagère Puisse faire d’un vieux dans le nœud conjugal . Maudit soit donc l’argent qui te poussa ma mère À vendre ta Jenny . . . . . pour du métal !
Du matin jusqu’au soir il se plaint, et sans cesse, Il tousse, il tousse, il tousse, et de plus est boiteux, Il n’en peut plus, son sang est figé de vieillesse, Oh ! que la nuit est triste . . . . . avec un vieux !
Morose il se démène, il se ronge, il marmotte, Je ne saurais lui plaire, il est méticuleux, Brutal, grondeur, chagrin, jaloux de sa culotte, Maudit jour où je vis ce vilain vieux !
Au moins elle me plaint ma tante Catherine, Elle est de bon conseil, je veux le harceler, Le vexer, dans son cœur enfoncer mainte épine…. Son cuivre après pourra me consoler !

Mon amour est une rose rouge, rouge

Mon amour est une rose rouge, rouge, Au printemps fraîchement éclose. Mon amour est une mélodie, Jouée en douce harmonie.
Si belle es-tu ma douce amie, Et je t'aime tant et tant, Que je t'aimerai encore, ma mie, Quand les mers seront des déserts.
Les mers seront des déserts secs, ma mie, Les roches fondront au soleil, Et je t'aimerai toujours, ma mie, Tant que s'écoulera le sable de la vie.
Au revoir pour un temps m'amour, A te revoir dans peu de temps! Je reviendrai, mon seul amour, Même de l'autre bout du monde.

Tam O'Shanter

Quand les forains plient bagage et partent, Et que voisin rencontre voisin, gorge sèche, Quand le marché tire à sa fin, Que les gens commencent à presser le pas; Pendant que nous restons assis devant nos chopes, Nous saoulant de bonheur et d'ale forte, Nous oublions les longs miles écossais restant à faire, Les marais, les ruisseaux, les ravins, les barrières Qu'il faudra traverser avant d'être chez nous, Où, sur leurs chaises, les femmes font longue figure Et froncent des sourcils aussi noirs que l'orage, Et tiennent bien au chaud, leur rage.
L'honnête Tam O'Shanter découvrit tout cela, Alors qu'un soir au petit trot, il était venu d'Ayr (Le bon vieil Ayr, bien supérieur à toutes les autres villes, en gens honnêtes et belles filles).
Ah Tam, mon gars ! Tu aurais bien mieux fait D'écouter sagement Kate ta femme! Elle t'avait bien dit que tu n'étais qu'un bon à rien! Un boit-sans-soif bavard, un feignant, un vaurien; Que, du début novembre à fin octobre, Les jours de marché tu n'étais jamais sobre;

Un homme est un homme quel qu'il soit

Est-ce l’honnête pauvreté Qui le tient courbé comme ça ? Le lâche esclave il faut tancer, Osons, les pauvres ! Ça ira ! Ça ira, Ça ira ! Nos travaux humbles, ça ira ! Le rang n’est rien que le papier Mais l’homme est l’or, ah ça ira ! Qu’importe nos dîners frugaux Nos fracs râpés, ah ça ira ! Aux gros la soie et le Bordeaux L’homme n’est qu’homme et s’en ira ! Ça ira, Ça ira ! Leur beau numéro, s’en ira ! L’honnête homme est toujours si pauvre Mais roi des hommes il ira ! Voyez celui qu’on nomme un Lord Ce paon crâneur, ah ça ira ! A ses mots se suspend la horde Ah, ce bouffon, il s’en ira ! Ça ira, Ça ira ! Avec ses titres, s’en ira ! L’homme à l’esprit indépendant Il en ri bien car ça ira ! Un roi peut faire un chevalier Un marquis, duc, ah ça ira ! Mais l’humble peut les mépriser Si, foutre ! il se tourne et s’en va ! Ça ira, Ça ira ! Leur distinction s’en ira, Si le mérite et le bon sens Les outrepassent ça ira ! Alors prions pour l’éclosion (qui éclora car ça ira !) D’un monde imprégné de raison Et de talent et ça ira ! Ça ira, Ça ira ! Ça vient, ça vient, et ça ira ! Quand tous les hommes sur la terre Seront des frères, ça ira !

À propos de Robert Burns

Tous les recueils de Robert Burns

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Robert Burns. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

À un haggisRobert Burns · Voix de synthèse
0:000:00