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Paul Eluard

La puissance de l’espoir

Paul Éluard

Autant parler pour avouer mon sort : Je n’ai rien mien, on m’a dépossédé Et les chemins où je finirai mort Je les parcours en esclave courbé ; Seule ma peine est ma propriété : Larmes, sueurs et le plus dur effort. Je ne suis plus qu’un objet de pitié Sinon de honte aux yeux d’un monde fort. J’ai de manger et de boire l’envie Autant qu’un autre à en perdre la tête ; J’ai de dormir l’ardente nostalgie : Dans la chaleur, sans fin, comme une bête. Je dors trop peu, ne fais jamais la fête, Jamais ne baise une femme jolie ; Pourtant mon cœur, vide, point ne s’arrête, Malgré douleur mon cœur point ne dévie. J’aurais pu rire, ivre de mon caprice. L’aurore en moi pouvait creuser son nid Et rayonner, subtile et protectrice, Sur mes semblables qui auraient fleuri. N’ayez pitié, si vous avez choisi D’être bornés et d’être sans justice : Un jour viendra où je serai parmi Les constructeurs d’un vivant édifice, La foule immense où l’homme est un ami.
La puissance de l’espoirPaul Éluard · Voix de synthèse
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