Semaine
Paul Éluard
1
Les flots de la rivière
La croissance du ciel
Le vent la feuille et l’aile
Le regard la parole
Et le fait que je t’aime
Tout est en mouvement.
2
Une bonne nouvelle
Arrive ce matin
Tu as rêvé de moi.
3
Je voudrais associer notre amour solitaire
Aux lieux les plus peuplés du monde
Qu’il puisse laisser de la place
A ceux qui s’aiment comme nous
Ils sont nombreux ils sont trop peu.
4
Je m’en prends à mon cœur je m’en prends à mon corps
Mais je ne fais pas mal à celle que j’adore.
5
Nous étions deux et nous venions de vivre
Une journée d’amour ensoleillé
Notre soleil nous l’embrassions ensemble
La vie entière nous était visible
Quand la nuit vint nous restâmes sans ombre
À polir l’or de notre sang commun
Nous étions deux au cœur du seul trésor
Dont la lumière ne s’endort jamais.
6
Le brouillard mêle sa lumière
À la verdure des ténèbres
Ti tu mêles ta chair tiède
À mes désirs acharnés.
7
Tu te couvres tu t’éclaires
Tu t’endors et tu t’éveilles
Au long des saisons fidèles
Tu bâtis une maison
Et ton cœur la mûrit
Comme un lit comme un fruit
Et ton corps s’y réfugie
Et tes rêves s’y prolongent
C’est la maison des jours tendres
Et des baisers dans la nuit.