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Paul Eluard

D’un seul poème

Paul Éluard

ENTRE LA VIE ET LA MORT à Jacques Grou-Radenez As-tu bien vu ton semblable Comme il profite de tout Il a la tête brillante Il a la tête enflammée Sous un masque de soleil Sous un doux masque d’or double Ses yeux sont des roses chaudes Car ton semblable a bon cœur Il t’a montré le chemin Vers la grille et vers la clé Vers la porte à dépasser Vers ta femme et tes enfants Vers la place des visages Il te rend la liberté Mais je rêve et j’en ai honte L’on va t’imposer la mort La mort légère et puante Qui ne répond qu’à la mort Tout va d’un lieu grondant de vie vers le désert La source de ton sang s’atténue disparaît Nos ennemis ont besoin de tuer Ils ont besoin d’être nos ennemis Il n’y a rien d’essentiel à détruire Qu’un homme après un homme Il n’y a rien d’essentiel à créer Que la vie tout entière en un seul corps Que le respect de la vie et des morts Qui sont morts pour la vie Comme toi mon semblable Qui n’as rien fait que de haïr la mort.
D’un seul poèmePaul Éluard · Voix de synthèse
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