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Paul Eluard

Chant du feu

Paul Éluard

VAINQUEUR DU FEU Ce feu prenait dans la chair Et l’aube était son égale Ce feu prenait dans les mains Dans le regard dans la voix Il me faisait avancer Et je brûlais le désert Et je caressais ce feu Feu de terre et de terreur Contre les terreurs de la nuit Contre les terreurs de la cendre Un feu comme une ligne droite Un feu fatal dans les ténèbres Comme un pas dans la poussière Un feu vocal et capital Qui criait par-dessus les toits Au feu la mort Ce feu prenait dans la chair Ce feu s’en prenait aux chaînes Aux chaînes et aux murs aux bâillons aux serrures Aux aveugles aux larmes Aux naissances infirmes À la mort que j’avais méchamment mise au monde Un feu qui s’attaquait aux étoiles éteintes Aux ailes chues aux fleurs fanées Un feu qui s’attaquait aux ruines Un feu qui réparait les désastres du feu Sans ombres sans victimes Buisson de sang et d’air Moisson de cris sublimes Et moisson de rayons Dans la fronde d’un hymne Un feu sans créateur Derrière lui la rosée Derrière lui le printemps Derrière lui des enfants Qui font croire à tous les hommes A leur cœur indivisible À leur cœur immaculé Un feu clair jusqu’à l’essence De toutes les formes nues Un feu clair dans le filet Des lueurs et des couleurs Feu de vue et de parole Caresse perpétuelle Amour espoir de nature Connaissance par l’espoir Rêve où rien n’est inventé Rêve entier vertu du feu.
Chant du feuPaul Éluard · Voix de synthèse
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