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Carlos Drummond de Andrade

Mort en avion

Je m'éveille pour la mort. Je me rase, m'habille, me chausse. C'est mon dernier jour : un jour entamé d'aucun pressentiment. Tout fonctionne comme toujours. Je sors dans la rue. Je vais mourir. Je ne mourrai pas maintenant. Un jour entier se profile devant moi. Je vis mon instant final et c'est comme si je vivais depuis bien des années avant et après ce jour, une vie continue, sans rupture, où il n'y aurait pauses ni syncopes ni sommeils, tant est moelleux dans la nuit cet engin et tant aisément il fend l'air en blocs de plus en plus gros. Je suis vingt dans la machine qui suavement respire, entre des panneaux stellaires et de lointains souffles de la terre, je me sens normal à des milliers de mètres d'altitude, ni oiseau ni mythe, je garde conscience de mes pouvoirs, et sans mystification je vole, je suis un corps volant et j'ai toujours des poches, des montres, des ongles, relié à la terre par la mémoire et par l'habitude des muscles, chair sur le point d'exploser. Ô blancheur, sérénité sous la violence de la mort sans préavis, précautionneuse et pourtant irrésistible approche d'un péril atmosphérique, coup percuté dans l'air, lame de vent dans le cou, éclair choc fracas fulguration nous roulons pulvérisés je pique verticalement et me transforme en fait divers.
Mort en avionCarlos Drummond de Andrade · Voix de synthèse
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