Aller au poème
T.S. Eliot

Dans le restaurant

Le garçon délabré qui n'a rien à faire Que de se gratter les doigts et se pencher sur mon épaule : « Dans mon pays il fera temps pluvieux, Du vent, du grand soleil, et de la pluie ; C'est ce qu'on appelle le jour de lessive des gueux. » (Bavard, baveux, à la croupe arrondie, Je te prie, au moins, ne bave pas dans la soupe). « Les saules trempés, et des bourgeons sur les ronces ― C'est là, dans une averse, qu'on s'abrite. J'avais sept ans, elle était plus petite. Elle etait toute mouillée, je lui ai donné des primevères. » Les tâches de son gilet montent au chiffre de trente-huit. « Je la chatouillais, pour la faire rire. J'éprouvais un instant de puissance et de délire. Mais alors, vieux lubrique, à cet âge... « Monsieur, le fait est dur. Il est venu, nous peloter, un gros chien ; Moi j'avais peur, je l'ai quittée a mi-chemin. C'est dommage. » Mais alors, tu as ton vautour ! Va t'en te décrotter les rides du visage; Tiens, ma fourchette, décrasse-toi le crâne. De quel droit payes-tu des expériences comme moi ? Tiens, voilà dix sous, pour la salle-de-bains. Phlébas, le Phénicien, pendant quinze jours noyé, Oubliait les cris des mouettes et la houle de Cornouaille, Et les profits et les pertes, et la cargaison d'étain : Un courant de sous-mer l'emporta très loin, Le repassant aux étapes de sa vie antérieure. Figurez-vous donc, c'était un sort pénible ; Cependant, ce fut jadis un bel homme, de haute taille.
Dans le restaurantT.S. Eliot · Voix de synthèse
0:000:00