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T.S. Eliot
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Œuvres complètes

T.S. Eliot

4 poèmes

Dans le restaurant

Le garçon délabré qui n'a rien à faire Que de se gratter les doigts et se pencher sur mon épaule : « Dans mon pays il fera temps pluvieux, Du vent, du grand soleil, et de la pluie ; C'est ce qu'on appelle le jour de lessive des gueux. » (Bavard, baveux, à la croupe arrondie, Je te prie, au moins, ne bave pas dans la soupe). « Les saules trempés, et des bourgeons sur les ronces ― C'est là, dans une averse, qu'on s'abrite. J'avais sept ans, elle était plus petite. Elle etait toute mouillée, je lui ai donné des primevères. » Les tâches de son gilet montent au chiffre de trente-huit. « Je la chatouillais, pour la faire rire. J'éprouvais un instant de puissance et de délire.
Mais alors, vieux lubrique, à cet âge... « Monsieur, le fait est dur. Il est venu, nous peloter, un gros chien ; Moi j'avais peur, je l'ai quittée a mi-chemin. C'est dommage. »
Mais alors, tu as ton vautour ! Va t'en te décrotter les rides du visage; Tiens, ma fourchette, décrasse-toi le crâne. De quel droit payes-tu des expériences comme moi ? Tiens, voilà dix sous, pour la salle-de-bains.
Phlébas, le Phénicien, pendant quinze jours noyé, Oubliait les cris des mouettes et la houle de Cornouaille, Et les profits et les pertes, et la cargaison d'étain : Un courant de sous-mer l'emporta très loin, Le repassant aux étapes de sa vie antérieure. Figurez-vous donc, c'était un sort pénible ; Cependant, ce fut jadis un bel homme, de haute taille.

Le Directeur

Malheur à la malheureuse Tamise ! Qui coule si près du Spectateur. Le directeur Conservateur Du Spectateur Empeste la brise. Les actionnaires Réactionnaires Du Spectateur Conservateur Bras dessus bras dessous Font des tours A pas de loup. Dans un égout Une petite fille En guenilles Camarde Regarde Le directeur Du Spectateur Conservateur Et crève d’amour.

Lune-de-miel

Ils ont vu les Pays-Bas, ils rentrent à Terre Haute ; Mais une nuit d’été, les voici à Ravenne, A l’aise entre deux draps, chez deux centaines de punaises ; La sueur estivale, et une forte odeur de chienne. Ils restent sur le dos, écartant les genoux De quatre jambes molles tout gonflées de morsures. On relève le drap pour mieux égratigner. Moins d’une lieue d’ici est Saint Apollinaire En Classe, basilique connue des amateurs De chapitaux d’acanthe que tournoie le vent.
Ils vont prendre le train de huit heures Prolonger leurs misères de Padoue à Milan Ou se trouvent la Cène, et un restaurant pas cher. Lui pense aux pourboires, et redige son bilan. Ils auront vu la Suisse et traversé la France. Et Saint Apollinaire, raide et ascétique, Vieille usine désaffectée de Dieu, tient encore Dans ses pierres écroulantes la forme précise de Byzance.

Mélange adultère de tout

En Amérique, professeur ; En Angleterre, journaliste ; C’est à grands pas et en sueur Que vous suivrez à peine ma piste. En Yorkshire, conférencier ; A Londres, un peu banquier, Vous me paierez bien la tête. C’est à Paris que je me coiffe Casque noir de jemenfoutiste. En Allemagne, philosophe Surexcité par Emporheben Au grand air de Bergsteigleben ; J’erre toujours de-ci de-là A divers coups de tra la la De Damas jusqu’à Omaha. Je célébrai mon jour de fête Dans une oasis d’Afrique Vêtu d’une peau de girafe.
On montrera mon cénotaphe Aux côtes brûlantes de Mozambique.

À propos de T.S. Eliot

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Dans le restaurantT.S. Eliot · Voix de synthèse
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