Alors c’est vraitu veux m’attendreattendre que j’aie semé le grain de mon panierattendre que j’aie ramené à la maison les abeilles égaréesattendre que sur les bateaux, dans les villages, dans les usines on ait allumé torches et lampes à huileattendre que j’aie lu les fenêtres brillantes ou obscures et que j’ai fini de dialoguer avec l’âme de la clarté etcelle des ténèbresattendre que les grands principes se transforment en chansonsattendre que le soleil vienne illuminer l’amouret que l’immense Voie Lactée se précipite sur noustu veux encore patiemment m’attendreen construisant un petit radeau de fidélité Alors c’est vraitu ne changeras pas brusquement d’avismême si mes mains délicates se couvrent de gerçures et si le rose de mes joues disparaîtmême si ma flûte ne souffle plus que du sang et si glace et neige ne fondent pas pour autantmême si j’ai le fouet dans le dos et le précipice devant moimême si les ténèbres m’attrapent avant l’aurore et si je sombre avec la terrejusqu’à ne plus pouvoir laisser échapper un oiseau messagerde l’amourmalgré tout, ton attente et ta fidélitésont bien le prix de tous mes sacrifices laisse - les maintenanttirer sur moije veux traverser sans me presser d’immenses territoirespour venir à toi, à toile vent soulèvera mes longs cheveux éparset je serai ton lys dans la pluie tourmentée
Je t’aimerais…non comme font les fleurs de givre grimpantesqui t’empruntent ta plus haute branche pour te faire valoir ;je t’aimerais…non comme fait l’oiseau enamouréqui rabâche pour ton ombre un chant pur ;je ne m’en tiendrai pas à imiter la sourcequi a longueur d’année offre la fraîcheur de sa consolation ;ni les sommets périlleuxqui te rehaussent, font sortir ta dignité. Ou même la lumière.ou même la pluie.Non, tout cela ne suffirait pas ! Je devrais être un pied de fromager à proximité de toi,en tant qu’image de l’arbre être debout avec toi. Racines s’empoignant sous terre,feuilles se touchant dans les nuages,à chaque souffle de ventnous nous saluerions,mais personnene comprendrait notre langage. Tu aurais la solide charpentedu couteau, de l’épéeou d’une hallebarde :j’aurais mes grosses fleurs rougestels de lourds soupirsou des torches héroïques. Nous partagerions vagues de froid, orages, foudre,mais aussi la brume, les vapeurs, l’arc-en-ciel,on nous croirait séparés pour toujourspourtant nous serions liés à la vie. Tel est le sublime amour,là réside la constance :l’amour…aimer non seulement ta haute stature,mais ta stabilité et la terre à tes pieds.
Dans ma paume tremblante est posée une perle,telle une larme jaune pâle gouttant de la mer… quand les flots s’éloignent pleins de ressentiments,sanglotent devant la blanche poitrine de la terre,elle est larme brûlante dans les yeux du héros,elle a sa loyauté,la lumière envieuse ne saurait la changer en goutte d’eau pure ;quand l’ovation des vagues s’approchent,la terre à bras ouverts accueille l’être aimé,elle est fils de famille noble sur le sein d’une jeune filleelle est sentimentale comme le cœur d’une jeune fillele temps dans pitié ne peut flétrir ses pétales. Elle est maints étreintes et adieux dans les larmeset parmi tant de joies mêlées de tristesse strophes sublimes abandonnéeselle est maints matins de brume maintes nuits de pluieet en de maintes années cette harmonie musicale oubliée. dispersée… le sang des vaincus,érigées… les stèles des vainqueurs.Elle fut témoin de la gloire empestant le sang,elle a consigné des crimes grandioses. Elle, si grandiose,ses contours, ses colorisenglobent un vague et vaste univers,résument ce monde immense ;elle, si petite, pure comme mes vers,le vent qui me fustige en gémissant,ne peut l’arracher de ma paume. Telle une larme jaune pâle gouttant de la mer,dans ma paume tremblante est posée une perle …
Parmi ceux qui agitent leur mouchoir en signe d'adieuLaquelle retire rapidement la mainPour s'en couvrir les yeux?Quand les voyageurs se dispersentLaquelle se tient longuement à la poupeLa jupe flottant comme un nuage bouillonnant?Les flotsMugissent...Murmurent... De beaux rêves laissent de beaux chagrinsEn ce bas monde comme dans le cielC'est une loi perpétuelle, mais le coeurSe métamorphose-t-il vraiment en pierrePour attendre les messagers du ciel etLaisser passer tant de lunes humaines? Le long des pics qui dominent la rivière BleueLe courant de chrysanthèmes d'or et de graines de troèneEngendre une nouvelle trahisonMieux vaut pleurer une nuit sur l'épaule de l'amantQue de s'exposer mille ans, sur le pic