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Rabindranath Tagore

J'ai chéri ce monde

J'ai chéri ce monde Et l'ai entouré comme une vrille végétale avec chaque fibre de mon être ! La lumière et la ténèbre de la lune mêlée au soir Ont flotté parmi ma conscience, en elle se sont fondues, Tant qu'à la fin ma vie et l'univers Sont un ! J'aime la lumière du monde, j'aime la vie en elle-même. Pourtant ce n'est pas une moindre vérité que je dois mourir. Mes mots, ils cesseront un jour de fleurir parmi l'espace ; Mes yeux, jamais ils ne pourront plus se livrer à la lumière ; Mes oreilles s'entendront plus les messages mystérieux de la nuit, Et mon coeur Il ne viendra plus en hâte au fougueux appel du soleil levant ! Il faudra que je prenne fin Avec mon dernier regard, Avec ma dernière parole ! Ainsi le désir de vivre est une grande vérité, Et l'adieu absolu, une autre grande vérité. Pourtant doit se produire entre eux une harmonie ! Sinon la création N'aurait pu supporter si longtemps souriante L'énormité de la fraude ! Sinon la lumière aurait déjà noirci, comme la fleur dévorée par le ver !
J'ai chéri ce mondeRabindranath Tagore · Voix de synthèse
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