Turquoise rafale fuientPar couples les perroquetsVéhémencesLe monde flambeUn arbreBouillonnant de corbeauxS’embrase sans brûlerImmobileParmi les hauts tournesolsTu esPause de la lumièreLe jourUn vaste mot clairBattements de voyellesTes seinsMûrissent sous mes yeuxMa penséeEst plus légère que l’airJe suis réelJe vois ma vie je vois ma mortLe monde est réelJe voisJ’habite une transparence
L’encre verte éveille des jardins, des forêts, des prés,des feuillages où chantent les lettres,des mots qui sont des arbres,des phrases qui sont de vertes constellations. Laisse mes paroles descendre, te couvrircomme une pluie de feuilles sur un champ de neige,comme la statue sous le lierre,comme l’encre sur cette page. Bras, taille, gorge, seins,le front pur comme la mer,la nuque, forêt d’automne,lèvres mordillant un brin d’herbe. Ton corps se constelle de signes vertscomme le corps de l’arbre.Que t’importe cette petite cicatrice lumineuse :regarde le ciel — son vert tatouage d’étoiles.
Pensées en guerreveulent briser mon front Par des chemins d’oiseauxavance l’écriture La main pense à voix hautele mot en convie un autre Sur la feuille où j’écrisvont et viennent les êtres que je vois Le livre et le cahierreplient les ailes et reposent On a déjà allumé les lampescomme un lit l’heure s’ouvre et se ferme Les bas rouges et le visage clairvous entrez toi et la nuit
Nuages à la dérive, continentssomnambules, pays sans substanceni poids, géographies dessinéespar le soleil, effacées par le vent. Quatre murs de terre. Bougainvilliers :dans leurs flammes pacifiques mes yeuxse baignent. Passe l’air entre des murmuresde feuillages et d’herbes à genoux. L’héliotrope aux pas violetscroise enveloppé de son parfum. Il y a un prophète :le frêne — et un méditant : le pin.Le jardin est petit, le ciel immense. Verdeur qui survit dans mes débris :dans mes yeux tu te vois et touches,tu te connais en moi et en moi tu penses,en moi tu dures et en moi disparais.
Les lèvres et les mains du ventle cœur de l’eauun eucalyptusles nuages qui bivouaquentla vie qui naît chaque jourla mort qui naît chaque vie Je frotte mes paupières :le ciel marche sur la terre