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Octavio Paz
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Œuvres complètes

Octavio Paz

6 poèmes

Avec toi

Turquoise rafale fuient Par couples les perroquets Véhémences Le monde flambe Un arbre Bouillonnant de corbeaux S’embrase sans brûler Immobile Parmi les hauts tournesols Tu es Pause de la lumière Le jour Un vaste mot clair Battements de voyelles Tes seins Mûrissent sous mes yeux Ma pensée Est plus légère que l’air Je suis réel Je vois ma vie je vois ma mort Le monde est réel Je vois J’habite une transparence

Écrit à l'encre verte

L’encre verte éveille des jardins, des forêts, des prés, des feuillages où chantent les lettres, des mots qui sont des arbres, des phrases qui sont de vertes constellations.
Laisse mes paroles descendre, te couvrir comme une pluie de feuilles sur un champ de neige, comme la statue sous le lierre, comme l’encre sur cette page.
Bras, taille, gorge, seins, le front pur comme la mer, la nuque, forêt d’automne, lèvres mordillant un brin d’herbe.
Ton corps se constelle de signes verts comme le corps de l’arbre. Que t’importe cette petite cicatrice lumineuse : regarde le ciel — son vert tatouage d’étoiles.

Intérieur

Pensées en guerre veulent briser mon front
Par des chemins d’oiseaux avance l’écriture
La main pense à voix haute le mot en convie un autre
Sur la feuille où j’écris vont et viennent les êtres que je vois
Le livre et le cahier replient les ailes et reposent
On a déjà allumé les lampes comme un lit l’heure s’ouvre et se ferme
Les bas rouges et le visage clair vous entrez toi et la nuit

Jardin

Nuages à la dérive, continents somnambules, pays sans substance ni poids, géographies dessinées par le soleil, effacées par le vent.
Quatre murs de terre. Bougainvilliers : dans leurs flammes pacifiques mes yeux se baignent. Passe l’air entre des murmures de feuillages et d’herbes à genoux.
L’héliotrope aux pas violets croise enveloppé de son parfum. Il y a un prophète : le frêne — et un méditant : le pin. Le jardin est petit, le ciel immense.
Verdeur qui survit dans mes débris : dans mes yeux tu te vois et touches, tu te connais en moi et en moi tu penses, en moi tu dures et en moi disparais.

Réveil en plein air

Les lèvres et les mains du vent le cœur de l’eau un eucalyptus les nuages qui bivouaquent la vie qui naît chaque jour la mort qui naît chaque vie
Je frotte mes paupières : le ciel marche sur la terre

Toucher

Mes mains ouvrent le rideau de ton être t’habillent d’une autre nudité découvrent les corps de ton corps Mes mains inventent dans ton corps un autre corps.

À propos de Octavio Paz

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Avec toiOctavio Paz · Voix de synthèse
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