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Maurice de Guérin
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Journal, Lettres et Poèmes

Maurice de Guérin

1 poème

Ma sœur Eugénie

En l’âge d’enfance, J’aimais à m’asseoir Pour voir Dans le ciel immense L’oiseau voyager Léger. Quand le ciel couronne Les horizons bleus De feux, Plus d’un soir d’automne Aux bois m’a surpris Assis, Écoutant les ailes Qui rasaient les toits Des bois, Bruissant entre elles Comme les flots clairs Des mers. Et ces mélodies Pénétraient mon cœur Rêveur, Et mes rêveries Faisaient mieux qu’un roi De moi. Ma sœur Eugénie Au front pâle et doux, Chez vous, Bois pleins d’harmonie, Aux soupirs du vent Souvent Mêlait sa romance Qui faisait pleuvoir Le soir La douce abondance Des pleurs qu’au désert On perd. Elle aimait mes rêves Et j’aimais les siens Divins ; Et nos heures brèves Passaient sans témoin Au soin De faire l’échange De biens entre nous Si doux ; Mille rêves d’ange Allaient de son sein Au mien. Quand la feuille grise Sous le vent follet Roulait : « Vois comme la brise Fait de ces débris Des bruits, » Disait Eugénie ; Et toutes les fois Qu’au bois La feuille flétrie Au vent qui passait Tombait, Elle, sans parole, Mais levant tout droit Son doigt, Montrait ce symbole Qui dans l’air muet Tournait. À travers les branches Et parmi le noir Du soir, Si des ailes blanches Reluisaient soudain, Mon sein De mille pensées Soulevant le poids, Ma voix Disait : « Nos années Sont ces passagers Légers. » Sur nos têtes frêles, Poussés par les vents, Douze ans Ont battu des ailes Depuis les accords D’alors ; Mais leurs ailes lourdes Dans l’ombre des soirs Trop noirs Passent toutes sourdes Sans bourdonnements Charmants. Voici qu’une année, Du mont éternel Du ciel Vers nous inclinée, Sur nous va passer, Glisser. Vous qui, par les plaines Écoutez les chants Errants Des choses lointaines, Quel est aujourd’hui Celui De l’an qui s’avance ? Est-ce un oiseau doux Vers nous Portant l’espérance Et le rameau frais De paix ? Quel bruit font ses ailes Je voudrais avoir Ce soir De sûres nouvelles De ce nouvel an Venant : Aura-t-il les charmes, Ma sœur, de ces jours Si courts Où toutes nos larmes Venaient du bonheur Du cœur ?

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Ma sœur EugénieMaurice de Guérin · Voix de synthèse
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