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Marceline Desbordes Valmore
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Elégies

Marceline Desbordes Valmore

2 poèmes

Rêve d'une femme

Veux-tu recommencer la vie ? Femme, dont le front va pâlir, Veux-tu l'enfance, encor suivie D'anges enfants pour l'embellir ? Veux-tu les baisers de ta mère Échauffant tes jours au berceau ? - "Quoi ? mon doux Eden éphémère ? Oh ! Oui, mon Dieu ! c'était si beau !" Sous la paternelle puissance Veux-tu reprendre un calme essor ? Et dans des parfums d'innocence Laisser épanouir ton sort ? Veux-tu remonter le bel âge, L'aile au vent comme un jeune oiseau ? - "Pourvu qu'il dure davantage, Oh ! oui, mon Dieu ! c'était si beau !" Veux-tu rapprendre l'ignorance Dans un livre à peine entr'ouvert : Veux-tu ta plus vierge espérance, Oublieuse aussi de l'hiver : Tes frais chemins et tes colombes, Les veux-tu jeunes comme toi ? - "Si mes chemins n'ont plus de tombes, Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi !" Reprends-donc de ta destinée, L'encens, la musique, les fleurs ? Et reviens, d'année en année, Au temps qui change tout en pleurs ; Va retrouver l'amour, le même ! Lampe orageuse, allume-toi ! "- Retourner au monde où l'on aime... O mon Sauveur ! éteignez-moi !"

Avant toi

Comme le rossignol qui meurt de mélodie Souffle sur son enfant sa tendre maladie, Morte d'aimer, ma mère, à son regard d'adieu, Me raconta son âme et me souffla son Dieu. Triste de me quitter, cette mère charmante, Me léguant à regret la flamme qui tourmente, Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main, Comme pour le sauver par le même chemin. Et je restai longtemps, longtemps, sans la comprendre, Et longtemps à pleurer son secret sans l'apprendre, A pleurer de sa mort le mystère inconnu, Le portant tout scellé dans mon coeur ingénu, Ce coeur signé d'amour comme sa tendre proie, Où pas un chant mortel n'éveillait une joie. On eût dit, à sentir ses faibles battements, Une montre cachée où s'arrêtait le temps ; On eût dit qu'à plaisir il se retint de vivre. Comme un enfant dormeur qui n'ouvre pas son livre, Je ne voulais rien lire à mon sort, j'attendais ; Et tous les jours levés sur moi, je les perdais. Par ma ceinture noire à la terre arrêtée, Ma mère était partie et tout m'avait quittée : Le monde était trop grand, trop défait, trop désert ; Une voix seule éteinte en changeait le concert : Je voulais me sauver de ses dures contraintes, J'avais peur de ses lois, de ses morts, de ses craintes, Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids, Je me prenais tout haut à chanter mes effrois ! Mais quand tu dis : " Je viens ! " quelle cloche de fête Fit bondir le sommeil attardé sur ma tête ; Quelle rapide étreinte attacha notre sort, Pour entre-ailer nos jours d'un fraternel essor ! Ma vie, elle avait froid, s'alluma dans la tienne, Et ma vie a brillé, comme on voit au soleil Se dresser une fleur sans que rien la soutienne, Rien qu'un baiser de l'air, rien qu'un rayon vermeil... Aussi, dès qu'en entier ton âme m'eut saisie, Tu fus ma piété ! Mon ciel ! Ma poésie ! Aussi, sans te parler, je te nomme souvent Mon frère devant Dieu ! Mon âme ! Ou mon enfant ! Tu ne sauras jamais, comme je sais moi-même, A quelle profondeur je t'atteins et je t'aime ! Tu serais par la mort arraché de mes voeux, Que pour te ressaisir mon âme aurait des yeux, Des lueurs, des accents, des larmes, des prières, Qui forceraient la mort à rouvrir tes paupières ! Je sais de quels frissons ta mère a dû frémir Sur tes sommeils d'enfant : moi, je t'ai vu dormir : Tous ses effrois charmants ont tremblé dans mon âme ; Tu dis vrai, tu dis vrai ; je ne suis qu'une femme ; Je ne sais qu'inventer pour te faire un bonheur ; Une surprise à voir s'émerveiller ton coeur ! Toi, ne sois pas jaloux ! Quand tu me vois penchée, Quand tu me vois me taire, et te craindre et souffrir, C'est que l'amour m'accable. Oh ! Si j'en dois mourir, Attends : je veux savoir si, quand tu m'as cherchée, Tu t'es dit : " Voici l'âme où j'attache mon sort Et que j'épouserai dans la vie ou la mort. " Oh ! Je veux le savoir. Oh ! L'as-tu dit ? ... pardonne ! On est étrange, on veut échanger ce qu'on donne. Ainsi, pour m'acquitter de ton regard à toi, Je voudrais être un monde et te dire : " Prends-moi ! " Née avant toi... douleur ! Tu le verrais peut-être, Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître, Ne dis pas que l'amour sait compter, trompe-moi : Je m'en ressouviendrai pour mourir avant toi !

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Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Rêve d'une femmeMarceline Desbordes Valmore · Voix de synthèse
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