Aller aux poèmes
Gu Cheng
22 pixels
1 / 12

Œuvres complètes

Gu Cheng

12 poèmes

Adieu

Au printemps Tu agites doucement un mouchoir Pour me faire parvenir au loin Ou revenir bientôt ?
Non, rien de tout cela Sans aucune raison Comme la fleur tombe à l’eau Comme la rosée sur la fleur...
Seule l’ombre peut le comprendre Ou le vent se faire une idée Seuls les papillons qu’un soupir effarouche Voltigent encore entre les cœurs...

Peut-être suis-je aveugle

Peut-être suis-je aveugle Je ne peux que vous toucher par ma voix Ouvrir le poème comme la paume d’une main Le tendre vers vous Ô frères sur la rive mienne du Pacifique De couleur rouge, de couleur claire, bleue, noire Fleurs qui se mettent à pleurer sur la rive mienne du Pacifique
Cette voix a traversé un vide infini

Une génération

La nuit noire m’a donné des yeux noirs moi je m’en sers pour chercher la lumière

La terre est courbe

La terre est courbe qui te cache à mon regard je n’aperçois que le ciel bleu de ton cœur dans le lointain est-ce du bleu ? Du vrai bleu le bleu même du langage j’aimerais apporter la joie au monde mais les sourires se figent sur les lèvres
qu’on me donne plutôt un nuage pour effacer les clairs moments viennent les larmes à mes yeux vienne le sommeil à mon soleil

Je suis un enfant capricieux et fantasque

Je voudrais peindre des fenêtres sur toute la terre pour que les yeux habitués à l’obscurité s'habituent à la lumière
Peut-être suis-je un enfant gâté par sa mère capricieux et fantasque
Je voudrais que chaque instant soit aussi beau qu’un crayon de couleur je voudrais pouvoir peindre sur la feuille blanche adorée peindre gauchement la liberté peindre des yeux qui jamais ne connaîtraient les larmes, un pan de ciel une plume, une feuille, aériennes une nuit, une pomme, bleuissantes
Je voudrais peindre l’aurore peindre la rosée les sourires visibles peindre le plus juvénile le moins douloureux des amours peindre mon amour imaginaire son front lisse sans nuage ses yeux d’azur qui me regarderaient toujours, toujours me regarderaient sans se détourner brusquement.
J’aimerais peindre un paysage lointain peindre l’horizon clair, les vagues peindre d’innombrables ruisseaux allègres peindre une colline couverte d’un duvet clair je ferai se rapprocher les pousses je les ferai s’aimer afin que chaque accord secret chaque émoi silencieux du printemps donne naissance à une fleur.
Je voudrais peindre aussi le futur je ne le connais pas, et comment le pourrais-je ? mais je sais qu’il est beau je peindrai son manteau d’automne les cierges, les feuilles d’érables enflammés les cœurs qui se consument par amour pour lui je peindrai des épousailles un jour de fête matinal puis un autre je collerai dessus du papier cristal des illustrations pour contes nordiques.
Je suis un enfant capricieux et fantasque je voudrais oblitérer le malheur je voudrais peindre des fenêtres sur toute la terre pour que des yeux habitués à l’obscurité s’habituent à la lumière je voudrais peindre le vent peindre les cimes toujours plus hautes peindre l’espérance des nations d’Orient peindre l’Océan sons d’allégresse portant à l’infini.
Puis, au coin de la feuille je voudrais me peindre aussi je peindrais un koala assis dans la sombre jungle Victoria assis au calme d’une branche hébété sans famille sans attaches lointaines riche seulement d’innombrables rêve comme des baies et de grands yeux immenses.
J’espère je pense mais je ne sais pourquoi je n’ai pas obtenu de crayon je n’ai pas obtenu d’instant coloré je n’ai que moi mes dix doigts, les affres de la création que des feuilles blanches adorées lacérées laissons-les poursuivre des papillons laissons-les s’évanouir à jamais.
Je suis un enfant un enfant gâté par l’imaginaire capricieux et fantasque.

Fantaisie de la vie

Déposer mes rêves mes illusions dans un long coquillage la voile tissée par les branches du saule rôde encore autour de la stridulation des cigales tirer la drisse le vent gonfle les voiles de la brume matinale je prends la mer
sans but flotter dans le ciel bleu laisser les cascades de lumière teindre en noir ma peau
le soleil est mon haleur il me tire avec les cordes de sa chaude lumière pas à pas il parcourt ses douze heures de route poussé par le vent je vais à l’est, à l’ouest le soleil disparaît dans des teintes crépusculaires
la nuit est là j’entre toutes voiles dehors dans l’anse de la Voie lactée des milliers d’étoiles me regardent je jette le croissant de lune – ancre d’or
le ciel pâlit l’océan est plein des icebergs des nuées menaçantes qui se heurtent roulements de tonnerre, éclairs, où vais-je ? l’univers est si vaste … de pailles de blé doré tresser un berceau y mettre mon cœur et mon âme l’assortir des boutons des roues tiré par le temps aller saluer le monde
les roues tournent entre le thym et les chrysanthèmes les grillons me disent bonjour secouant les cordes du luth je mêle l’espoir au parfum des fleurs la nuit est comme une vallée le jour comme la cime dormir !fermer les yeux le monde ne me concerne pas
les chevaux du temps s’écroulent de fatigue l’oiseau de paix à la queue jaune a fait son nid dans ma voiture je continue de parcourir le monde à pied – déserts, forêts, coins reculés
le soleil chauffe la terre comme on dore son pain je vais pieds nus j’imprime le sceau de mes pas sur toute la terre le monde aussi fond dans ma vie
je veux chanter le chant du genre humain après des millénaires il trouvera écho dans l’univers

Le proche et le lointain

Toi qui tour à tour me regarde, regarde les nuages,
je te sens, quand tu me regardes, si lointain, quand tu regardes les nuages, si proche

La porte de la Loi

à l’étage en haut à l’étage en bas partout ces lampes malade la lumière lueur jaunisse dedans quelqu’un te dit Jieqian es-tu parti p’tit grain de riz petit pays
pars et fais quelque chose ne fais pas grand-chose la viande hachée
en haut du mur en bas du mur partout des vermicelles vermicelles bouillants la brume jaune afflue Jieqian Jieqian l’eau bout tu vas partir
une petite heure un petit wok

Les formes du vent

Pour lui les formes du vent se souviennent des feuilles amoureuses morsures partout partout crépite la pluie se replier sans cesse écouter les ébats des gyrins un mariage le matin les morsures partagées blancheur blancheur de neige emportée par le vent il se lève et voit la jeune épousée

Je vous donne le couteau

Je vous donne le couteau À vous qui m’avez assassiné Comme la fleur cache bien ses épines Car j’ai aimé Le temps des parfums Les nains les nains des troupes de nains tournent Un cœur de nain
Car je travaille sur la rive Le peuplier a résonné jusqu’à la fin
Graver encore quelques motifs, encore quelques-uns Toujours attendre Le meurtrier Aime Apporter une mort resplendissante

Lit tombe

Je sais que la disparition est proche, je n’en suis pas triste Dans la forêt de pins sont placés mes espoirs En dessous il y a la mer, de loin on dirait un étang Ce peu, là avec moi, c’est la lumière de l’après-midi
Le temps de l’homme est accompli, ce monde s’éternise Je dois me reposer dans l’entre-deux Selon les passants les branches se sont abaissées Selon les passants les branches continuent de pousser

Bruit de fenêtre

Bruit de fenêtre qui s’ouvre Entends-tu Au loin la mer
Le bateau vernissé Est affalé sur la dune Au loin la mer bleue
Écoute Le bruit le plus ténu est celui de la mer
Le bateau est affalé sur la dune Au loin un pan de bleu

À propos de Gu Cheng

Tous les recueils de Gu Cheng

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Gu Cheng. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

AdieuGu Cheng · Voix de synthèse
0:000:00