Je suis une petite église
Je suis une petite église (pas une grande cathédrale)
loin du splendide et du sordide où les villes se hâtent
-peu m’inquiète si les jours les plus courts raccourcissent,
Rien ne regrette quand le soleil et la pluie font avril
ma vie est la vie du moissonneur et du semeur,
mes prières sont prières de l’acharné maladroit
(qui trouve et perd et rit et pleure) enfant de la terre
dont toute tristesse ou joie me met en peine ou liesse
autour de moi déferle un continuel miracle
de naissance et gloire et mort et résurrection :
sur mon être endormi flottent d’enflammés symboles
d’espoir, et je m’éveille à la grande patience des montagnes
je suis une petite église (loin du monde frénétique
qui angoisse ou ravit) en paix avec la nature
-peu m’inquiète si les nuits les plus longues se rallongent,
Rien ne regrette quand le silence devient chantant
d’hiver en printemps, j’élève ma minuscule flèche vers
Lui plein de grâce Dont l’à-présent seul est à jamais :
Bien droite en l’immortelle vérité de Sa présence
(humble accueillant Sa lumière et fière Ses ténèbres)