Aller au poème
Anna de Noailles

Paroles à la Lune

La lune, dites-nous si c’est votre plaisir    — Ô lune cajoleuse — Que les hommes se plient au gré de vos désirs    Comme la mer houleuse. Est-ce votre vouloir que ceux qui tout le jour    Furent doux et tranquilles Succombent dans le soir au péché de l’amour    Par les champs et les villes ? — Les baisers montent-ils vers vous comme de l’eau    Qui se volatilise, Pour faire à votre front vaniteux, ce halo    Dont sa pâleur s’irise ? Est-ce pour vous séduire ou vous désennuyer,    Quand vous faites la moue, Que les hommes s’en vont se pendre ou se noyer,    La lune aux belles joues ? Brillez-vous pour que ceux qui marchent sans souliers,    Sans joie et sans pécune, Aient sur les durs chemins des rayons à leurs pieds    Pendant vos clairs de lune ? Dans les cœurs délaissés, dans les cœurs indigents    Qui battent par le monde, Vous laissez-vous tomber comme un écu d’argent    Parfois, la lune ronde ? Ô lune qui le soir venez boire aux étangs    Et vous coucher dans l’herbe, Quel mal a pu troubler d’un désir haletant    Votre langueur superbe ? — C’est d’avoir vu le bouc irrévérencieux    Et la chèvre amoureuse S’unir dans la nuit claire et réveiller les cieux    De leur clameur heureuse. C’est d’avoir vu Daphnis s’approcher sans détour    De Chloé favorable… C’est de sentir monter cette odeur de l’amour    Ô lune inviolable !
Paroles à la LuneAnna de Noailles · Voix de synthèse
0:000:00