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Anna de Noailles

Le Baiser

Couples fervents et doux, ô troupe printanière !    Aimez au gré des jours. — Tout, l’ombre, la chanson, le parfum, la lumière    Noue et dénoue l’amour. Épuisez, cependant que vous êtes fidèles,    La chaude déraison, Vous ne garderez pas vos amours éternelles    Jusqu’à l’autre saison. Le vent qui vient mêler ou disjoindre les branches    A de moins brusques bonds Que le désir qui fait que les êtres se penchent    L’un vers l’autre et s’en vont. Les frôlements légers des eaux et de la terre,    Les blés qui vont mûrir, La douleur et la mort sont moins involontaires    Que le choix du désir. Joyeux, dans les jardins où l’été vert s’étale    Vous passez en riant, Mais les doigts enlacés, ainsi que des pétales    Iront se défeuillant. Les yeux dont les regards dansent comme une abeille    Et tissent des rayons, Ne se transmettront plus d’une ferveur pareille    Le miel et l’aiguillon, Les cœurs ne prendront plus comme deux tourterelles    L’harmonieux essor, Vos âmes, âprement, vont s’apaiser entre elles,    C’est l’amour et la mort…
Le BaiserAnna de Noailles · Voix de synthèse
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