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Anna de Noailles

La Conscience

Incorruptible azur, déesse lumineuse, Puisque vous avez bien voulu me visiter Je remettrai mon cœur entre vos mains soigneuses Pour que vous le guidiez, par les nuits ténébreuses Au chemin de l’exacte et claire vérité. Avant que vous vinssiez, ma grande camarade, Ma vie était encore, à son tendre levant. Amoureuse d’éclat, de lustre et de parade Comme un cygne qui fuit l’eau sage de la rade Pour monter sur la mer et danser dans le vent. L’essaim voluptueux des heures turbulentes Venait, en bondissant, à moi comme un chevreuil ; J’ai détourné mes yeux de leur foule galante Et j’ai guéri pour vous mon âme violente Du péché de colère et du péché d’orgueil. Vous serez dans mon cœur comme une forteresse Et je serai l’archer qui veille dans la tour, Vous serez au pays profond de ma tendresse, Entre les jardins verts de mes fines ivresses La route de soleil sans ombre et sans détour. Ô vous dont la pudeur est peureuse et fragile Vous serez dans mon cœur belle comme un lac bleu, Et vous verrez passer sur votre onde tranquille, Pareils à des pigeons dont la blancheur défile, Mes désirs obstinés, vaillants et scrupuleux…
La ConscienceAnna de Noailles · Voix de synthèse
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