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Alfred de Musset

Stances

Que j’aime à voir, dans la vallée     Désolée, Se lever comme un mausolée Les quatre ailes d’un noir moutier ! Que j’aime à voir, près de l’austère     Monastère, Au seuil du baron feudataire, La croix blanche et le bénitier ! Vous, des antiques Pyrénées     Les aînées, Vieilles églises décharnées, Maigres et tristes monuments, Vous que le temps n’a pu dissoudre,     Ni la foudre, De quelques grands monts mis en poudre N’êtes-vous pas les ossements ? J’aime vos tours à tête grise,     Où se brise L’éclair qui passe avec la brise, J’aime vos profonds escaliers Qui, tournoyant dans les entrailles     Des murailles, À l’hymne éclatant des ouailles Font répondre tous les piliers ! Oh ! lorsque l’ouragan qui gagne     La campagne, Prend par les cheveux la montagne Que le temps d’automne jaunit, Que j’aime, dans le bois qui crie     Et se plie, Les vieux clochers de l’abbaye, Comme deux arbres de granit ! Que j’aime à voir, dans les vesprées     Empourprées, Jaillir en veines diaprées Les rosaces d’or des couvents ! Oh ! que j’aime, aux voûtes gothiques     Des portiques, Les vieux saints de pierre athlétiques Priant tout bas pour les vivants !
StancesAlfred de Musset · Voix de synthèse
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