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Ai Qing

Le mirliton

De cette Europe multicolore j’ai rapporté un mirliton. Avec lui je me suis promené au bord de l’Atlantique comme si j’étais à la maison. Aujourd’hui Alcools est saisi à Shanghai, au bureau de police, et moi, je suis un « criminel » car ici tout est interdit même un mirliton… Ah ! ce mirliton auquel je tiens tant est mon souvenir le plus vrai d’Europe ! Monsieur Apollinaire vous n’êtes pas seulement un Polonais pour moi vous représentez une histoire qui circule dans le quartier Montmartre, l’histoire longue et passionnante couleur de violette que racontait Marguerite de ses lèvres frémissantes au rouge fané. Comment ne pas cracher son mépris sur la carte territoriale délimitée par Briand et Bismarck - cette Europe de voleurs abjects aux yeux pleins de convoitise ! Mais moi, je l’aime votre Europe, celle d’Apollinaire et de Rimbaud. Quand j’étais là-bas le ventre creux avec fierté je jouais de mon mirliton. On se moquait de mon allure c’était bien mon allure à moi ! On s’habituait mal à mes chansons c’étaient bien mes chansons à moi ! Écartez-vous vous qui avez chanté la Marseillaise mais qui maintenant traînez dans la boue la gloire du triomphe ! Aujourd’hui je suis dans une Bastille mais ce n’est pas la bastille de Paris. Le mirliton n’est plus sur moi et les fers résonnent plus fort que mes chansons. Mais je le jure par mon mirliton son humiliation, sa souffrance je vais tendre ma main, comme en 1789 vers la flamme du bûcher. Et quand il sera libre mon mirliton exécutera un chant destructeur et blasphématoire pour ce monde qui l’a outragé. Je le lèverai haut et dans un hymne poignant je l’offrirai à la mer aux vagues de la mer à ces vagues de la mer au sifflement sauvage !
Le mirlitonAi Qing · Voix de synthèse
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