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William Faulkner

Extrait - Le Faune de Marbre

Tout l'air est gris de pluie Sur les champs de blé agités, Les cerisiers dégoulinent, immobiles, Ecoutant la floraison Dans le calme de bosquets humides. Une maison à l'épais toit de chaume, Trempée, fume, comme en contemplation. Moi, je me tiens sous le ciel en larmes, Sans fin tapi au morfil des montagnes Qui étend sur elles sa chevelure défaite. Mes yeux, que la pluie apaise, Fixant la plaine fumante, Dissimulés par un arbre qui s'ébroue Tandis que me parviennent, humides et fortes, Les senteurs de la terre entamée, Du sein ancien de la terre Au lent respir ; des blés qui enflent Pour élever les vertes pousses vers la lumière Qui m'offriront bientôt leur ombre Quand mes yeux seront faibles, quand je serai muet Brûlé d'années et sans forces Comme toutes les choses qui ont vécu Leur temps ; et quand la douleur anonyme De vivre sans vivre, de vivre sans savoir Cessera de m'aliéner à la terre Pour déchiffrer l'énigme d'exister Et pour crier "Maintenant !" A mon impuissance native A fondre dans ma vision Toute la beauté du monde. Mais heureux d'observer jour après jour Le jeu insouciant, la danse de la lumière Sur la surface des eaux. Puis je serai Enfoui sous les roses, comme endormi, Baignant dans l'air trempé de soleil Sans désir, sans volonté, sans souci, Les yeux de plus en plus faibles Tournés vers la voûte des cieux.
Extrait - Le Faune de MarbreWilliam Faulkner · Voix de synthèse
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