Poème I
Me souviendrais-je de cet arbre, quand je serai vieux,
De cette colline, ou de comment cette vallée s’emplit de soleil
Et qu’une verte après-midi s’achète avec l’or du matin
Et se revend pour du sommeil à la fin du jour ?
C’est comme demander au vin de dire quels raisins
Ont distillé leurs soleils pourpres gorgés et mûrs,
Ou à moi, quel corps les mains du souvenir modèlent
Pour troubler le cœur quand l’esprit a tout oublié depuis longtemps.
Les ailes silencieuses du vent volent haut comme des plumes
Façonnent la cime des arbres, vaguement fuyante,
Secouent mon cœur d’éternelles collines et vallons
Quand vallons et collines n’existent plus.
Mais laissez-moi prendre cette lune frappée d’argent
Attelez-moi aux centaures de vent qui en tourbillonnant
Quittent l’Hellas, ensemencés au midi de la beauté,
Et chevauchent la vieille tristesse glacée du monde.