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Walt Whitman
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Feuilles d'herbe

Walt Whitman

7 poèmes

Poètes à venir

Poètes à venir ! orateurs, chanteurs, musiciens à venir ! Ce n’est pas aujourd’hui à me justifier et répondre qui je suis, Mais vous, une nouvelle génération, pure, puissante, continentale, plus grande qu’on ait jamais vu, Levez-vous ! Car vous devez me justifier. Moi je n’écris qu’un ou deux mots indicatifs pour l’avenir ; Moi, j’avance un instant et seulement pour tourner et courir arrière dans les ténèbres. Je suis un homme qui flânant le long, sans bien s’arrêter, tourne par hasard un regard vers vous et puis se détourne. Vous laissant le soin de l’examiner et de le définir, En attendant de vous le principal.

Ô Capitaine! Mon Capitaine!

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage, Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné, Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte, En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;
Mais ô cœur ! cœur ! cœur ! Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent Sur le pont où gît mon Capitaine, Étendu mort et glacé.
Ô Capitaine ! mon Capitaine ! lève-toi et entends les cloches ! Lève-toi – c'est pour toi le drapeau hissé – pour toi le clairon vibrant, Pour toi bouquets et couronnes enrubannés – pour toi les rives noires de monde, Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi ;
Tiens, Capitaine ! père chéri ! Je passe mon bras sous ta tête ! C'est quelque rêve que sur le pont, Tu es étendu mort et glacé.
Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres, Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir, Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie, De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné ;
Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches ! Mais moi d'un pas accablé, Je foule le pont où gît mon Capitaine, Étendu mort et glacé.

Une femme m'attend

Une femme m’attend, elle contient tout, rien ne fait défaut, Cependant tout ferait défaut si le sexe manquait, ou si manquait pour l’humecter l’homme qu’il faut.
Le sexe contient tout, les corps et les âmes, Les intentions, les preuves, la pureté, la délicatesse, les résultats, les promulgations, Les chants, les ordres, la santé, l’orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal, Tous les espoirs, les bienfaits et les dons, toutes les passions, les tendresses, les beautés, tous les plaisirs de la terre, Tous les gouvernements, les juges, les dieux, les puissants de la terre, Tout cela est contenu dans le sexe, en fait partie et le justifie. Sans honte l’homme qui me plaît connaît et avoue la sensation délicieuse de son sexe, Sans honte la femme qui me plaît connaît et avoue les délices du sien.
Dorénavant je m’écarterai des femmes insensibles, J’irai demeurer avec celle qui m’attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et qui sont capables de me satisfaire, Je vois que celles-là me comprennent et ne me repoussent pas, Je vois qu’elles sont dignes de moi, je serai donc le robuste époux de ces femmes.
Elles ne sont pas d’un iota inférieures a moi, Elles ont le visage tanné par les soleils rutilants et les vents qui soufflent, Leur chair a l’antique souplesse et vigueur divine, Elles savent nager, ramer, monter a cheval, lutter, tirer, courir, frapper, battre en retraite, s’avancer, résister et se défendre, Elles sont extrêmes dans l’affirmation de leurs droits – elles sont calmes et claires, en pleine possession d’elles-mêmes.
Je vous attire contre moi, ô femmes, Je ne puis vous laisser partir, je voudrais vous faire du bien, Je suis fait pour vous, et vous êtes faites pour moi, et ce n’est pas de nous seuls qu’il s’agit, mais d’autres êtres, Car, enveloppés en vous, dorment de plus grands héros et de plus grands bardes, Qui refusent de s’éveiller au contact d’un autre homme que moi.
C’est moi qui viens, femmes, je m’ouvre un passage, Je suis sévère, âpre, large, inflexible, mais je vous aime, Je ne vous fais pas plus de mal qu’il n’est nécessaire pour vous, Je verse la liqueur d’où sortiront des fils et des filles à la mesure de ces Etats, je pèse d’un muscle lent et rude, Je me noue de toute ma force, je n’écoute aucune prière, Je n’ose pas me retirer avant d’avoir déposé ce qui s’était depuis si longtemps accumulé en moi.
A travers vous je fais couler les ruisseaux emprisonnés de mon être, J’enferme en vous un millier d’années du futur, Je greffe sur vous les greffes de ce qu’il y a de plus cher pour moi et pour l’Amérique, Les gouttes que je distille en vos corps feront germer des femmes impétueuses et athlétiques, des artistes, des musiciens et des chantres nouveaux, Les enfants que je procrée de vous doivent procréer des enfants à leur tour, Je prétendrai alors que des hommes et des femmes accomplis sortent de mes épanchements d’amour, J’attendrai d’eux qu’ils s’entr’aiment avec d’autres, comme moi et vous nous nous entr’aimons maintenant, Je compterai sur les fruits qui naîtront de leurs ondées ruisselantes, comme je compte sur les fruits qui naîtront des ondées ruisselantes que je dispense en ce moment, Je serai dans l’expectative des moissons d’amour qui lèveront des naissances, des vies, des morts, des immortalités qu’aujourd hui je plante si amoureusement.

En commençant mes études

En commençant mes études le premier pas m’a plu si fort, Le simple fait de la conscience, ces formes, la motilité, Le moindre insecte ou animal, les sens, la vue, l’amour, Le premier pas, dis-je, m’a frappé d’un tel respect et plu si fort, Que je ne suis guère allé et n’ai guère eu envie d’aller plus loin, Mais de m’arrêter à musarder tout le temps pour chanter cela en chants extasiés.

Je chante le soi-même

Je chante le soi-même, une simple personne séparée, Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En Masse, C’est de la physiologie du haut en bas, que je chante, La physionomie seule, le cerveau seul, ce n’est pas digne de la Muse; je dis que l’Ëtre complet en est bien plus digne. C’est le féminin à l’égal du mâle que je chante, C’est la vie, incommensurable en passion, ressort et puissance, Pleine de joie, mise en oeuvre par des lois divines pour la plus libre action, C’est l’Homme Moderne que je chante.

Ne fermez pas vos portes

Ne fermez pas vos portes, orgueilleuses bibliothèques, Car ce qui manquait sur vos rayons bien remplis, mais dont on a bien besoin, Je l’apporte, Au sortir de la guerre, j’ai fait un livre Les mots de mon livre, rien; son âme, tout; Un livre isolé, sans attache, avec les autres, point senti avec l’entendement. Mais à chaque page, vous allez tressaillir de choses qu’on n’a pas dites.

À un historien

Vous qui chantez les choses d’autrefois, Vous qui avez exploré le dehors, la surface des races, la vie qui se montre, Qui avez traité de l’homme comme créature des politiques, sociétés, législateurs et prêtres, Moi, citoyen des Alleghanies, traitant de l’homme tel qu’il est en soi, en ses propres droits, Tâtant le pouls de la vie qui s’est rarement montrée d’elle-même (le grand orgueil de l’homme en soi), Chantre de la Personnalité, esquissant ce qui doit encore être, Je projette l’histoire de l’avenir

À propos de Walt Whitman

Tous les recueils de Walt Whitman

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Walt Whitman. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Poètes à venirWalt Whitman · Voix de synthèse
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