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Victor Hugo

Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire

Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaire, Tout laisse en moi sa trace, et rien pour ma misère     N’est hautain ni moqueur ; Et quoique je ne sois qu’un vivant fait de cendre, Quand le rayon me voit, il consent à descendre,     Et se mêle à mon cœur. J’ai la confiance âpre et triste des apôtres, Et c’est pourquoi je suis cet homme dont les autres     Parlent confusément, Plein d’erreurs comme Adam, plein de fautes comme Ève, Que l’enfer tire en bas, mais qu’un éternel rêve     Enchaîne au firmament. L’impure forme humaine, ébauchée, incomplète, La chair, n’empêche pas que le ciel se reflète     Dans l’abîme où je suis ; Près de ce vil crapaud qui bave et qui se traîne, La constellation vient resplendir sereine     Dans le fond de mon puits. Par instants l’affreux monstre, en l’ombre qui le voile, Passe et fait en passant tressaillir une étoile     Dans mon cloaque noir ; Puis elle reparaît. Dieu que notre espoir nomme, Sois béni de changer l’eau bourbeuse de l’homme     En céleste miroir ! Oui, tes vents m’ont parlé, toutes tes solitudes M’ont jeté leurs rumeurs et leurs inquiétudes,     Azur, nuit, vision ! À tes souffles de brume ou de clarté je vibre, Ciel, comme si j’étais traversé par la fibre     De la création ! Comme si tous les fils invisibles de l’être Se croisaient dans mon sein que l’univers pénètre !     Comme si, par moment, En moi, du front aux pieds, me mêlant au problème, Le sombre axe infini qui passe par Dieu même     Tremblait confusément ! De sorte que je suis l’aimant de la nature, Que la création m’emplit, moi créature,     Que Dieu coule en mon sang ! De sorte, ô ciel profond, que le zénith farouche Se verse dans mon crâne, et que le nadir touche     Mon talon frémissant ! Mon âme dans sa nuit redit ta gamme immense ; Je frissonne à tes bruits d’orage ou de clémence,     Vivant psaltérion ; Sur ma lyre, qu’émeut l’esprit des Zoroastres, Les sept notes jadis tombèrent des sept astres     Du bleu septentrion.
Oui, la terre fatale, oui, le ciel nécessaireVictor Hugo · Voix de synthèse
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