Aller au poème
Victor Hugo

Que t’importe, mon cœur, ces naissances de rois ?

   De todo, nada. De todos, nadie.       Calderon. Que t’importe, mon cœur, ces naissances des rois, Ces victoires, qui font éclater à la fois    Cloches et canons en volées, Et louer le Seigneur en pompeux appareil, Et la nuit, dans le ciel des villes en éveil,    Monter des gerbes étoilées ? Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n’ait en soi sa vanité.    La gloire fuit à tire-d’aile ; Couronnes, mitres d’or, brillent, mais durent peu. Elles ne valent pas le brin d’herbe que Dieu    Fait pour le nid de l’hirondelle ! Hélas ! plus de grandeur contient plus de néant ! La bombe atteint plutôt l’obélisque géant    Que la tourelle des colombes. C’est toujours par la mort que Dieu s’unit aux rois. Leur couronne dorée a pour faîte sa croix,    Son temple est pavé de leurs tombes. Quoi ! hauteur de nos tours, splendeur de nos palais, Napoléon, César, Mahomet, Périclès,    Rien qui ne tombe et ne s’efface ! Mystérieux abîme où l’esprit se confond ! À quelques pieds sous terre un silence profond,    Et tant de bruit à la surface !
Que t’importe, mon cœur, ces naissances de rois ?Victor Hugo · Voix de synthèse
0:000:00