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Victor Hugo

« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie »

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,      Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie      Leur morne souhait ; Parce qu’elles sont maudites, chétives,      Noirs êtres rampants ; Parce qu’elles sont les tristes captives      De leur guet-apens ; Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ;      Ô sort ! fatals nœuds ! Parce que l’ortie est une couleuvre,      L’araignée un gueux ; Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,      Parce qu’on les fuit, Parce qu’elles sont toutes deux victimes      De la sombre nuit. Passants, faites grâce à la plante obscure,      Au pauvre animal. Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,      Oh ! plaignez le mal ! Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;      Tout veut un baiser. Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie      De les écraser, Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,      Tout bas, loin du jour, La vilaine bête et la mauvaise herbe      Murmurent : Amour !
« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie »Victor Hugo · Voix de synthèse
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