Aller au poème
Victor Hugo

En frappant à une porte

J’ai perdu mon père et ma mère, Mon premier né, bien jeune, hélas ! Et pour moi la nature entière     Sonne le glas. Je dormais entre mes deux frères ; Enfants, nous étions trois oiseaux ; Hélas ! le sort change en deux bières     Leurs deux berceaux. Je t’ai perdue, ô fille chère, Toi qui remplis, ô mon orgueil, Tout mon destin de la lumière     De ton cercueil ! J’ai su monter, j’ai su descendre. J’ai vu l’aube et l’ombre en mes cieux. J’ai connu la pourpre, et la cendre     Qui me va mieux. J’ai connu les ardeurs profondes, J’ai connu les sombres amours ; J’ai vu fuir les ailes, les ondes,     Les vents, les jours. J’ai sur ma tête des orfraies ; J’ai sur tous mes travaux l’affront, Aux pieds la poudre, au cœur des plaies,     L’épine au front. J’ai des pleurs à mon œil qui pense, Des trous à ma robe en lambeau ; Je n’ai rien à la conscience :     Ouvre, tombeau.
En frappant à une porteVictor Hugo · Voix de synthèse
0:000:00