Aller au poème
Victor Hugo

À ceux qui dorment

Réveillez-vous, assez de honte ! Bravez boulets et biscaïens. Il est temps qu’enfin le flot monte, Assez de honte, citoyens ! Troussez les manches de la blouse. Les hommes de quatrevingt-douze Affrontaient vingt rois combattants. Brisez vos fers, forcez vos geôles ! Quoi ! vous avez peur de ces drôles ; Vos pères bravaient les titans ! Levez-vous ! foudroyez et la horde et le maître ! Vous avez Dieu pour vous et contre vous le prêtre ;   Dieu seul est souverain. Devant lui nul n’est fort et tous sont périssables. Il chasse comme un chien le grand tigre des sables   Et le dragon marin ; Rien qu’en soufflant dessus, comme un oiseau d’un arbre, Il peut faire envoler de leur temple de marbre   Les idoles d’airain. Vous n’êtes pas armés ? qu’importe ! Prends ta fourche, prends ton marteau ! Arrache le gond de ta porte, Emplis de pierres ton manteau ! Et poussez le cri d’espérance ! Redevenez la grande France ! Redevenez le grand Paris ! Délivrez, frémissants de rage, Votre pays de l’esclavage, Votre mémoire du mépris ! Quoi ! faut-il vous citer les royalistes même ? On était grand aux jours de la lutte suprême.   Alors, que voyait-on ? La bravoure, ajoutant à l’homme une coudée, Etait dans les deux camps. N’est-il pas vrai, Vendée,   Ô dur pays breton ? Pour vaincre un bastion, pour rompre une muraille, Pour prendre cent canons vomissant la mitraille,   Il suffit d’un bâton ! Si dans ce cloaque on demeure, Si cela dure encore un jour, Si cela dure encore une heure, Je brise clairon et tambour, Je flétris ces pusillanimes, Ô vieux peuple des jours sublimes, Géants à qui nous les mêlions, Je les laisse trembler leurs fièvres, Et je déclare que ces lièvres Ne sont pas vos fils, ô lions !
À ceux qui dormentVictor Hugo · Voix de synthèse
0:000:00