La lune s'attristait. Des séraphins en pleursRêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleursVaporeuses, tiraient de mourantes violesDe blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.- C'était le jour béni de ton premier baiser.Ma songerie aimant à me martyriserS'enivrait savamment du parfum de tristesseQue même sans regret et sans déboire laisseLa cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilliQuand avec du soleil aux cheveux, dans la rueEt dans le soir, tu m'es en riant apparueEt j'ai cru voir la fée au chapeau de clartéQui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâtéPassait, laissant toujours de ses mains mal ferméesNeiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
Ô rêveuse, pour que je plongeAu pur délice sans chemin,Sache, par un subtil mensonge,Garder mon aile dans ta main. Une fraîcheur de crépusculeTe vient à chaque battementDont le coup prisonnier reculeL'horizon délicatement. Vertige ! voici que frissonneL'espace comme un grand baiserQui, fou de naître pour personne,Ne peut jaillir ni s'apaiser. Sens-tu le paradis faroucheAinsi qu'un rire enseveliSe couler du coin de ta boucheAu fond de l'unanime pli ! Le sceptre des rivages rosesStagnants sur les soirs d'or, ce l'est,Ce blanc vol fermé que tu posesContre le feu d'un bracelet.
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivresD'être parmi l'écume inconnue et les cieux !Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeuxNe retiendra ce coeur qui dans la mer se trempeÔ nuits ! ni la clarté déserte de ma lampeSur le vide papier que la blancheur défendEt ni la jeune femme allaitant son enfant.Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,Lève l'ancre pour une exotique nature !Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !Et, peut-être, les mâts, invitant les oragesSont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufragesPerdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
Tout à coup et comme par jeuMademoiselle qui voulûtesOuïr se révéler un peuLe bois de mes diverses flûtes Il me semble que cet essaiTenté devant un paysageA du bon quand je le cessaiPour vous regarder au visage Oui ce vain souffle que j'exclusJusqu'à la dernière limiteSelon mes quelques doigts perclusManque de moyens s'il imite Votre très naturel et clairRire d'enfant qui charme l'air.
Cependant que la cloche éveille sa voix claireÀ l'air pur et limpide et profond du matinEt passe sur l'enfant qui jette pour lui plaireUn angélus parmi la lavande et le thym, Le sonneur effleuré par l'oiseau qu'il éclaire,Chevauchant tristement en geignant du latinSur la pierre qui tend la corde séculaire,N'entend descendre à lui qu'un tintement lointain. Je suis cet homme. Hélas ! de la nuit désireuse,J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,De froids péchés s'ébat un plumage féal, Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !Mais, un jour, fatigué d'avoir en vain tiré,Ô Satan, j'ôterai la pierre et me pendrai.
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'huiVa-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivreCe lac dur oublié que hante sous le givreLe transparent glacier des vols qui n'ont pas fui ! Un cygne d'autrefois se souvient que c'est luiMagnifique mais qui sans espoir se délivrePour n'avoir pas chanté la région où vivreQuand du stérile hiver a resplendi l'ennui. Tout son col secouera cette blanche agoniePar l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris. Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,Il s'immobilise au songe froid de méprisQue vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
Quand l’Ombre menaça de la fatale loi,Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,Affligé de périr sous les plafonds funèbresIl a ployé son aile indubitable en moi. Luxe, ô salle d’ébène où, pour séduire un roiSe tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,Vous n’êtes qu’un orgueil menti par les ténèbresAux yeux du solitaire ébloui de sa foi Oui, je sais qu’au lointain de cette nuit, la TerreJette d’un grand éclat l’insolite mystèreSous les siècles hideux qui l’obscurcissent moins. L’espace à soi pareil qu’il s’accroisse ou se nieRoule dans cet ennui des feux vils pour témoinsQue s’est d’un astre en fête allumé le génie.
Quelle soie aux baumes de tempsOù la Chimère s'exténueVaut la torse et native nueQue, hors de ton miroir, tu tends ! Les trous de drapeaux méditantsS'exaltent dans notre avenue :Moi, j'ai la chevelure nuePour enfouir mes yeux contents. Non ! La bouche ne sera sûreDe rien goûter à sa morsureS'il ne fait, ton princier amant, Dans la considérable touffeExpirer, comme un diamant,Le cri des Gloires qu'il étouffe.
Rien, cette écume, vierge versÀ ne désigner que la coupe ;Telle loin se noie une troupeDe sirènes mainte à l'envers. Nous naviguons, ô mes diversAmis, moi déjà sur la poupeVous l'avant fastueux qui coupeLe flot de foudres et d'hivers ; Une ivresse belle m'engageSans craindre même son tangageDe porter debout ce salut Solitude, récif, étoileÀ n'importe ce qui valutLe blanc souci de notre toile.
Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,Main rêve vespéral brûlé par le PhénixQue ne recueille pas de cinéraire amphore Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,Aboli bibelot d'inanité sonore,(Car le Maître est aller puiser des pleurs au StyxAvec ce seul objet dont le Néant s'honore). Mais proche la croisée au nord vacante, un orAgonise selon peut-être le décorDes licornes ruant du feu contre une nixe, Elle, défunte nue en le miroir, encorQue, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixeDe scintillations sitôt le septuor.
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,Un automne jonché de taches de rousseur,Et vers le ciel errant de ton œil angéliqueMonte, comme dans un jardin mélancolique,Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !- Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et purQui mire aux grands bassins sa langueur infinieEt laisse, sur l’eau morte où la fauve agonieDes feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.