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Simone de Beauvoir
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Une mort très douce

Simone de Beauvoir

1 poème

Une mort très douce

Sa chemise de nuit ouverte, celle-ci exhibait avec indifférence son ventre froissé, plissé de rides minuscules, et son pubis chauve. « Je n’ai plus aucune pudeur », a-t-elle dit d’un air surpris. « Tu as bien raison », lui dis-je. Mais je me détournai et je m’absorbai dans la contemplation du jardin. Voir le sexe de ma mère : ça m’avait fait un choc. Aucun corps n’existait moins pour moi — n’existait davantage. Enfant, je l’avais chéri ; adolescente, il m’avait inspiré une répulsion inquiète ; c’est classique ; et je trouvai normal qu’il eût conservé ce double caractère répugnant et sacré : un tabou. Tout de même, je m’étonnai de la violence de mon déplaisir. Le consentement insouciant de ma mère l’aggravait ; elle renonçait aux interdits, aux consignes qui l’avaient opprimée pendant toute sa vie ; je l’en approuvais. Seulement, ce corps, réduit soudain par cette démission à n’être qu’un corps, ne différait plus guère d’une dépouille : pauvre carcasse sans défense, palpée, manipulée par des mains professionnelles, où la vie ne semblait se prolonger que par une inertie stupide. Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n’avais jamais sérieusement pensé que je la verrais disparaître un jour, bientôt. Sa fin se situait, comme sa naissance, dans un temps mythique. Quand je me disais : elle a l’âge de mourir, c’étaient des mots vides, comme tant de mots. Pour la première fois, j’apercevais en elle un cadavre en sursis. […] Pour moi, ma mère avait toujours existé et je n’avais jamais sérieusement pensé que je la verrais disparaître un jour, bientôt. Sa fin se situait, comme sa naissance, dans un temps mythique. Quand je me disais : elle a l’âge de mourir, c’étaient des mots vides, comme tant de mots.

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Une mort très douceSimone de Beauvoir · Voix de synthèse
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