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René-François Sully Prudhomme
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Les vaines tendresses

René-François Sully Prudhomme

3 poèmes

Ce qui dure

Le présent se fait vide et triste, Ô mon amie, autour de nous ; Combien peu de passé subsiste ! Et ceux qui restent changent tous.
Nous ne voyons plus sans envie Les yeux de vingt ans resplendir, Et combien sont déjà sans vie Des yeux qui nous ont vus grandir !
Que de jeunesse emporte l'heure, Qui n'en rapporte jamais rien ! Pourtant quelque chose demeure : Je t'aime avec mon cœur ancien,
Mon vrai cœur, celui qui s'attache Et souffre depuis qu'il est né, Mon cœur d'enfant, le cœur sans tache Que ma mère m'avait donné ;
Ce cœur où plus rien ne pénètre, D'où plus rien désormais ne sort ; Je t'aime avec ce que mon être A de plus fort contre la mort ;
Et, s'il peut braver la mort même, Si le meilleur de l'homme est tel Que rien n'en périsse, je t'aime Avec ce que j'ai d'immortel.

L'automne

L’azur n’est plus égal comme un rideau sans pli. La feuille, à tout moment, tressaille, vole et tombe ; Au bois, dans les sentiers où le taillis surplombe, Les taches de soleil, plus larges, ont pâli.
Mais l’oeuvre de la sève est partout accompli : La grappe autour du cep se colore et se bombe, Dans le verger la branche au poids des fruits succombe, Et l’été meurt, content de son devoir rempli.
Dans l’été de ta vie enrichis-en l’automne ; Ô mortel, sois docile à l’exemple que donne, Depuis des milliers d’ans, la terre au genre humain ;
Vois : le front, lisse hier, n’est déjà plus sans rides, Et les cheveux épais seront rares demain : Fuis la honte et l’horreur de vieillir les mains vides

L'amour maternel

Fait d'héroïsme et de clémence, Présent toujours au moindre appel, Qui de nous peut dire où commence, Où finit l'amour maternel ?
Il n'attend pas qu'on le mérite, Il plane en deuil sur les ingrats ; Lorsque le père déshérite, La mère laisse ouverts ses bras ;
Son crédule dévouement reste Quand les plus vrais nous ont menti, Si téméraire et si modeste Qu'il s'ignore et n'est pas senti.
Pour nous suivre il monte ou s'abîme, À nos revers toujours égal, Ou si profond ou si sublime Que, sans maître, il est sans rival :
Est-il de retraite plus douce Qu'un sein de mère, et quel abri Recueille avec moins de secousse Un cœur fragile endolori ?
Quel est l'ami qui sans colère Se voit pour d'autres négligé ? Qu'on méconnaît sans lui déplaire, Si bon qu'il n'en soit affligé ?
Quel ami dans un précipice Nous joint sans espoir de retour, Et ne sent quelque sacrifice Où la mère ne sent qu'amour ?
Lequel n'espère un avantage Des échanges de l'amitié ? Que de fois la mère partage Et ne garde pas sa moitié !
Ô mère, unique Danaïde Dont le zèle soit sans déclin, Et qui, sans maudire le vide, Y penche un grand cœur toujours plein !

À propos de René-François Sully Prudhomme

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À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

Ce qui dureRené-François Sully Prudhomme · Voix de synthèse
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