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Louise Ackermann
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Premières poésies

Louise Ackermann

2 poèmes

À une artiste

Puisque les plus heureux ont des douleurs sans nombre, Puisque le sol est froid, puisque les cieux sont lourds, Puisque l’homme ici-bas promène son cœur sombre Parmi les vains regrets et les courtes amours,
Que faire de la vie ? Ô notre âme immortelle, Où jeter tes désirs et tes élans secrets ? Tu voudrais posséder, mais ici tout chancelle ; Tu veux aimer toujours, mais la tombe est si près !
Le meilleur est encore en quelque étude austère De s’enfermer, ainsi qu’en un monde enchanté, Et dans l’art bien aimé de contempler sur terre, Sous un de ses aspects, l’éternelle beauté.
Artiste au front serein, vous l’avez su comprendre, Vous qu’entre tous les arts le plus doux captiva, Qui l’entourez de foi, de culte, d’amour tendre, Lorsque la foi, le culte et l’amour, tout s’en va.
Ah ! tandis que pour nous, qui tombons de faiblesse Et manquons de flambeau dans l’ombre de nos jours, Chaque pas à sa ronce où notre pied se blesse, Dans votre frais sentier marchez, marchez toujours.
Marchez ! pour que le ciel vous aime et vous sourie, Pour y songer vous-même avec un saint plaisir, Et tromper, le cœur plein de votre idolâtrie, L’éternelle douleur et l’immense désir.

Le fantôme

D'un souffle printanier l'air tout à coup s'embaume. Dans notre obscur lointain un spectre s'est dressé, Et nous reconnaissons notre propre fantôme Dans cette ombre qui sort des brumes du passé.
Nous le suivons de loin, entraînés par un charme À travers les débris, à travers les détours, Retrouvant un sourire et souvent une larme Sur ce chemin semé de rêves et d'amours.
Par quels champs oubliés et déjà voilés d'ombre Cette poursuite vaine un moment nous conduit ! Vers plus d'un mont désert, dans plus d'un vallon sombre, Le fantôme léger nous égare après lui.
Les souvenirs dormants de la jeunesse éteinte S'éveillent sous ses pas d'un sommeil calme et doux ; Ils murmurent ensemble ou leur chant ou leur plainte, Dont les échos mourants arrivent jusqu'à nous.
Et ces accents connus nous émeuvent encore. Mais à nos yeux bientôt la vision décroît ; Comme l'ombre d'Hamlet qui fuit et s'évapore, Le spectre disparaît en criant : Souviens-toi !

À propos de Louise Ackermann

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Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Louise Ackermann. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

À une artisteLouise Ackermann · Voix de synthèse
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