Aller aux poèmes
Jean-Pierre Claris de Florian
22 pixels
1 / 2

Les fables

Jean-Pierre Claris de Florian

2 poèmes

La mère, l'enfant et les sarigues,

Vous, de qui les attraits, la modeste douceur, Savent tout obtenir et n'osent rien prétendre, Vous que l'on ne peut voir sans devenir plus tendre, Et qu'on ne peut aimer sans devenir meilleur, Je vous respecte trop pour parler de vos charmes, De vos talents, de votre esprit... Vous aviez déjà peur ; bannissez vos alarmes, C'est de vos vertus qu'il s'agit. Je veux peindre en mes vers des mères le modèle, Le sarigue, animal peu connu parmi nous, Mais dont les soins touchants et doux, Dont la tendresse maternelle, Seront de quelque prix pour vous. Le fond du conte est véritable : Buffon m'en est garant ; qui pourrait en douter ? D'ailleurs tout dans ce genre a droit d'être croyable, Lorsque c'est devant vous qu'on peut le raconter.
Maman, disait un jour à la plus tendre mère Un enfant péruvien sur ses genoux assis, Quel est cet animal qui, dans cette bruyère, Se promène avec ses petits ? Il ressemble au renard. Mon fils, répondit-elle, Du sarigue c'est la femelle ; Nulle mère pour ses enfants N'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilants. La nature a voulu seconder sa tendresse, Et lui fit près de l'estomac Une poche profonde, une espèce de sac, Où ses petits, quand un danger les presse, Vont mettre à couvert leur faiblesse. Fais du bruit, tu verras ce qu' ils vont devenir. L'enfant frappe des mains ; la sarigue attentive Se dresse, et, d'une voix plaintive, Jette un cri ; les petits aussitôt d'accourir, Et de s'élancer vers la mère, En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire. La poche s'ouvre, les petits En un moment y sont blottis, Ils disparaissent tous ; la mère avec vitesse S'enfuit emportant sa richesse. La péruvienne alors dit à l'enfant surpris : Si jamais le sort t'est contraire, Souviens-toi du sarigue, imite-le, mon fils : L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.

L'avare et son fils

Par je ne sais quelle aventure, Un avare, un beau jour, voulant se bien traiter, Au marché courut acheter Des pommes pour sa nourriture. Dans son armoire il les porta, Les compta, rangea, recompta, Ferma les doubles tours de sa double serrure, Et chaque jour les visita. Ce malheureux, dans sa folie, Les bonnes pommes ménageait ; Mais lorsqu'il en trouvait quelqu'une de pourrie, En soupirant il la mangeait. Son fils, jeune écolier, faisant fort maigre chère, Découvrit à la fin les pommes de son père. Il attrape les clefs, et va dans ce réduit, Suivi de deux amis d'excellent appétit. Or vous pouvez juger le dégât qu'ils y firent, Et combien de pommes périrent. L'avare arrive en ce moment, De douleur, d'effroi palpitant. Mes pommes ! Criait-il : coquins, il faut les rendre, Ou je vais tous vous faire pendre. Mon père, dit le fils, calmez-vous, s'il vous plaît ; Nous sommes d'honnêtes personnes : Et quel tort vous avons-nous fait ? Nous n'avons mangé que les bonnes.

À propos de Jean-Pierre Claris de Florian

Tous les recueils de Jean-Pierre Claris de Florian

Cette bibliothèque présente une sélection des textes disponibles de Jean-Pierre Claris de Florian. Elle ne constitue pas une édition complète des recueils.

À propos de cette lecture

Les couvertures sont imaginaires. Les portraits sont des interprétations risographiées.

La mère, l'enfant et les sarigues,Jean-Pierre Claris de Florian · Voix de synthèse
0:000:00