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Jean de La Fontaine

Les deux Amis

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ; L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre.     Les amis de ce pays-là     Valent bien, dit-on, ceux du nôtre. Une nuit que chacun s’occupait au sommeil, Et mettait à profit l’absence du soleil, Un de nos deux amis sort du lit en alarme, Il court chez son intime, éveille les valets ; Morphée avait touché le seuil de ce palais. L’ami couché s’étonne ; il prend sa bourse, il s’arme, Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu De courir quand on dort, vous me paraissez homme À mieux user du temps destiné pour le somme : N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. S’il vous est venu quelque querelle, J’ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul ? une esclave assez belle Était à mes côtés ; voulez-vous qu’on l’appelle ? Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :     Je vous rends grâce de ce zèle. Vous m’êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J’ai craint qu’il ne fût vrai ; je suis vite accouru.     Ce maudit songe en est la cause. Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble, lecteur ? Cette difficulté vaut bien qu’on la propose. Qu’un ami véritable est une douce chose ! Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;     Il vous épargne la pudeur     De les lui découvrir vous-même :     Un songe, un rien, tout lui fait peur     Quand il s’agit de ce qu’il aime.
Les deux AmisJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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