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Jean de La Fontaine

L’Éducation

Laridon et César, frères dont l’origine Venait de chiens fameux, beaux, bien faits, et hardis, À deux maîtres divers échus au temps jadis, Hantaient, l’un les forêts, et l’autre la cuisine. Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom ;     Mais la diverse nourriture Fortifiant en l’un cette heureuse nature, En l’autre l’altérant, un certain marmiton     Nomma celui-ci Laridon. Son frère, ayant couru mainte haute aventure, Mit maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu. On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse Ne fît en ses enfants dégénérer son sang. Laridon, négligé, témoignait sa tendresse     À l’objet le premier passant.     Il peupla tout de son engeance : Y font un corps à part, gens fuyant les hasards,     Peuple antipode des Césars. On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père : Le peu de soin, le temps, tout fait qu’on dégénère, Faute de cultiver la nature et ses dons, Oh ! combien de Césars deviendront Laridons !
L’ÉducationJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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