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Jean de La Fontaine

L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

  Certain enfant qui sentait son collège,   Doublement sot et doublement fripon   Par le jeune âge et par le privilège   Qu’ont les pédants de gâter la raison,   Chez un voisin dérobait, ce dit-on,   Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,   Des plus beaux dons que nous offre Pomone   Avait la fleur, les autres le rebut.   Chaque saison apportait son tribut ;   Car au printemps il jouissait encore   Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier, Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l’abondance : Même il ébranchait l’arbre ; et fit tant à la fin     Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants :     Voilà le verger plein de gens Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce,     Accrut le mal en amenant     Cette jeunesse mal instruite : Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite Se souvint à jamais comme d’une leçon. Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,     Avec force traits de science. Son discours dura tant que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.   Je hais les pièces d’éloquence Hors de leur place, et qui n’ont point de fin ;     Et ne sais bête au monde pire   Que l’écolier, si ce n’est le pédant. Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,     Ne me plairait aucunement.
L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardinJean de La Fontaine · Voix de synthèse
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